Premier festival de cinéma à avoir basculé l’entier de sa programmation en ligne, Visions du Réel avait connu en avril dernier un joli succès numérique, et acquis une visibilité nouvelle. Car même si le cinéma a été conçu comme une expérience collective à partager dans une salle, le streaming a l’avantage de l’accessibilité. La 56e édition des Journées de Soleure, qui célèbrent depuis 1966 le cinéma suisse, se déploie à son tour en ligne. Pour un secteur que la pandémie frappe si durement, faisons ce pari: cette contrainte peut en réalité être une aubaine.

Au sujet de Visions du Réel: Dématérialisé mais vivant

Ce mercredi, la cérémonie d’ouverture sera diffusée en direct par la RTS, la SRF et la RSI. Pour la première fois, dans un pays aux oppositions culturelles parfois marquées, les téléspectateurs des différentes régions linguistiques pourront ainsi découvrir simultanément la première mondiale du long métrage Atlas, dans lequel le Tessinois Niccolò Castelli raconte la reconstruction d’une jeune victime d’un attentat terroriste.

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Déjouer les clichés

Les Journées de Soleure sont un incontournable rendez-vous professionnel. Le grand public, lui, ne va guère à Soleure en janvier. Mais comme Soleure vient cette année à lui, l’occasion est belle pour le festival de mettre en lumière la richesse du 7e art helvétique, loin des clichés qui encore trop souvent le définissent comme un cinéma de la lenteur et de l’ennui. En marge d’Atlas, les internautes pourront se plonger dans un programme consacré aux réalisatrices qui se distinguèrent dans les années suivant l’introduction du suffrage féminin. En première mondiale sera également dévoilé The Brain, du Lausannois Jean-Stéphane Bron.

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Ce très attendu documentaire sur le cerveau humain aurait pu, dans un monde sans coronavirus, rêver d’une vitrine internationale, à la Berlinale ou à Cannes. Mais les mesures sanitaires en ont décidé autrement. De même, la carrière commerciale du bouleversant Les Enfants du Platzspitz, du Fribourgeois Pierre Monnard, a l’an dernier été entravée par la fermeture des salles, alors qu’au vu de ses 330 000 entrées il aurait pu devenir un des plus gros succès de l’histoire du cinéma suisse.

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L’industrie va-t-elle durablement être marquée par les effets collatéraux des mesures sanitaires, comme la difficulté de mettre sur pied des tournages? Les prochaines éditions des Journées de Soleure pourraient bien constater un certain assèchement quantitatif. Et à celles et ceux qui s’en moquent, rappelons que, selon une étude publiée l’an dernier par Cinéforom, lorsqu’un franc est investi dans un tournage en terres romandes, c’est au final le triple qui est dépensé. Le cinéma, oui, est bon pour l’économie. Il ne faudra pas l’oublier lorsqu’il s’agira de mettre en place des plans de relance. Et d’ici là, célébrons les Journées de Soleure et la visibilité qu’elles peuvent cette année donner à nos créateurs face aux géants mondiaux du streaming.

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