Neige

Jours de tempête de neige en Valais

Des chutes de neige exceptionnelles ont isolé le Valais. Un train bloqué à Bex et une autoroute inutilisable ont animé la soirée de dimanche. Lundi, le canton a dû affronter un manteau neigeux allant jusqu’à 80 centimètres en plaine. Alerte

Ça aurait pu être romantique, ce fut la panique. On la voulait, la neige. On l’attendait avec impatience. Elle est venue. Et comme pour se rattraper des absences répétées des dernières années, elle a mis le paquet. Dimanche, à force de volumineux flocons charriés par un vent tempétueux, elle a recouvert l’Europe, reléguant toute verdure aux souvenirs lointains de l’été caniculaire.

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Le jour du Seigneur, les éléments se sont déchaînés rappelant l’homme à la modestie. Déjà à 8h, sur l’autoroute en direction du Valais, les conditions étaient aventureuses. Le foehn soufflait par bourrasques et tentait de déloger les voitures de la chaussée. Au fil des heures, les conditions n’ont fait qu’empirer.

«C’est l’apocalypse», résumait en fin d’après-midi un skieur sur le parking du Châble, dans le val de Bagnes. Il ne trouvait plus sa voiture, enfouie sous 50 centimètres de neige. Et il n’avait encore rien vu. Pour retourner chez lui, à Lausanne, il allait encore devoir endurer quatre heures d’embouteillages parmi 2000 autres véhicules. «En panne, certaines personnes abandonnaient leurs voitures sur le bas-côté», témoignera-t-il plus tard. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il était encore bien loti, car en train, cela aurait été bien pire.

Un train dans la neige

En 1875, sous un épais nuage de fumée, le train dans la neige peint par Claude Monet semblait pouvoir avancer, lui. Près de 150 ans plus tard, les CFF ont été contraints d’abdiquer face à la neige. A 16h40, plus aucune locomotive ne passait entre Villeneuve et Loèche. D’un coup, le Valais s’est trouvé isolé. Comment, dans un pays où la neige n’est pas si rare, une situation pareille peut-elle se produire? «C’est exceptionnel», explique lundi matin le porte-parole des CFF Jean-Philippe Schmidt. «Les congères ont bloqué les rails. Il a fallu fraiser la neige sur la voie pour qu’elle soit à nouveau praticable. Et les bus de remplacement n’ont pas pu être utilisés, car la circulation sur la route était également partiellement arrêtée.» Il a beau creuser, de mémoire d’homme, il ne se souvient pas d’une situation similaire.

Sur Twitter, dimanche, @kikie_go témoignait de l’état des voies de chemin de fer vu depuis la cabine d’un train à Bex. Sa vidéo montrait un blizzard rendant le rail et la signalisation invisibles. C’était à 15 heures. Une heure et demie plus tard, 400 voyageurs ont été contraints de flirter avec la patience pour regagner leurs pénates tard dans la nuit. «@presse_CFF, si jamais, vous avez un train qui est arrêté entre Saint-Maurice et Bex», s’est impatienté Tocardihno sur Twitter. Sans doute l’internaute faisait-il partie des voyageurs prisonniers de l’or blanc. Sans doute a-t-il passé une partie de la nuit entre le train en panne et une salle mise à disposition par la protection civile à Bex.

Malgré les efforts des cheminots, le mécontentement des voyageurs résonnait sur les réseaux. On y dénonce le manque d’anticipation des CFF. On s’y plaint aussi de l’absence de ravitaillement dans le train. Mais par la voix du porte-parole, les accusés se défendent: «Il fallait trouver un bus pour évacuer les voyageurs. Pour chacun d’entre eux, nous avons cherché des solutions. Et à 4 heures du matin, tout le monde a pu quitter Bex. Et cela aux frais des CFF.»

Isolés du monde

Exceptionnel. Le mot revient aussi aux lèvres des météorologues. Relayé par Le Matin, Frédéric Glassey de MeteoNews constate: «C’est vrai que pareille quantité de neige, pareille intensité, c’est très exceptionnel. Imaginez qu’hier il a fait plus froid à Sion ou à Martigny qu’à La Brévine (NE)… C’est fou!»

Comme durant l’hiver 1999, le Valais sous 80 centimètres de neige est en alerte. Lundi matin, le danger d’avalanche est monté à un degré 4, fort. Certaines routes sont donc fermées. Et, comme Arolla, des villages se retrouvent isolés du monde.

Responsable du blog Arolla Blabla, Christophe Clivaz, l’épicier de la bourgade de 50 habitants, dit pourtant apprécier cette situation. Dimanche soir, voyant l’isolement venir, il a toutefois fait descendre sa femme et ses enfants aux Haudères, histoire qu’ils puissent aller à l’école. «On a l’habitude, cela nous arrive deux à trois fois par hiver», précise-t-il tout en se réjouissant du fait qu’en 24 heures, au sommet des pistes de la petite station, 35 centimètres de neige sont tombés.

Dispensés de cours

Lundi matin, Le Nouvelliste fait état d’un Valais contraint de rester à la maison. Epinassey, Collonges, Chamoson, Némiaz: autant de villages dans lesquels les enfants n’ont pas pu aller en classe. Quant aux parents, ils ont dû se débrouiller tant bien que mal, malgré les inquiétudes de la veille. «Je pense honnêtement que la totalité du Valais est en train de se demander comment il ira au travail demain matin», confiait dimanche soir @ndghpe sur Twitter.

Peu à peu dans la journée, tout est rentré dans l’ordre. Alors que 40 camions, 15 trax et deux fraiseuses mobilisés lundi à Sion exécutent l’opération «Blanche-Neige», destinée à déblayer l’ensemble des routes, sur Twitter, Blackbird offre une moralité évidente aux événements du week-end: «C’est un signe, le Valais ne veut pas qu’on le quitte.»

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