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Des bougies déposées près de la porte d'embarquement de l'aéroport de Sotchi, d'où est parti le Tupolev abîmé en mer Noire le 25 décembre.
© Maxim Shemetov/Reuters

Revue de presse

Joyaux du pouvoir russe, les Chœurs de l’Armée rouge sont décimés

Label de la Russie, l’Ensemble Alexandrov endeuillé par l’accident du très critiqué Tupolev en mer Noire est non seulement le champion des hymnes militaires, mais aussi celui des chants sacrés et des airs populaires. Ses voix généreuses font frémir les auditoires du monde entier

La Russie observe ce lundi une journée de deuil au lendemain du crash toujours inexpliqué d’un avion militaire en mer Noire avec 92 personnes à son bord, dont des membres des Chœurs de l’Armée rouge qui allaient célébrer le Nouvel An avec les troupes mobilisées en Syrie, remplissant ainsi la «mission» qui leur est assignée depuis 1928, «jouer devant les soldats en temps de guerre à partir d’un répertoire de chants traditionnels et patriotiques»: «Dans les années 60, cette formation a été un outil de propagande très efficace du régime communiste», remarque Libération.

La catastrophe, intervenue dimanche matin peu après le décollage de l’appareil de la station balnéaire de Sotchi – voir les explications détaillées données pas Kommersant – a suscité une vive émotion en Russie où l’Ensemble Alexandrov, connu lors de ses tournées triomphales dans le monde entier sous le nom de Chœurs de l’Armée rouge, est encore considéré comme un des symboles du pays:

Voire une fierté nationale… C’est du moins ce qui ressort du communiqué publié par le général Victor Eliseev, le chef d’orchestre et directeur des Chœurs sur la page Facebook francophone du célèbre ensemble: «Aujourd’hui», dit-il sur un ton un brin soviétisant, «nous sommes sous le choc de la catastrophe dans laquelle ont disparu nos collègues de l’ensemble des Chœurs et Danses Alexandrov. Non seulement ils étaient nos collègues, mais une très grande compagnie artistique militaire et je suis bouleversé d’apprendre la disparition de leur chef, mon condisciple et ami, le général Valery Khalilov, avec lequel nous avons fait nos études et musicales professés au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. C’est une terrible perte pour la musique et l’art russes.»

Lire aussi: Il n’y a pas de survivants dans l’avion militaire russe abîmé en mer Noire

Le ministre russe des Transports, Maxime Sokolov, qui s’est exprimé à l’issue d’une réunion de la commission spéciale créée dans la foulée de ce drame, assure ce lundi matin que «les pistes privilégiées aujourd’hui n’incluent pas l’acte terroriste», à moins d'«un problème technique» ou d'«une erreur de pilotage». Onze corps et plus de 150 fragments de l’avion ont jusqu’à présent été retrouvés par les équipes de recherche, a pour sa part déclaré le porte-parole du Ministère russe de la défense, qui signale par ailleurs que «le premier avion emmenant les restes des victimes du crash du Tu-154 est arrivé ce matin à l’aéroport militaire Chkalovsky», dans le nord-est de Moscou.

Plus de 3500 personnes, dont plus de 150 plongeurs, 39 bateaux, ainsi que cinq hélicoptères et des drones participent aux recherches, ont précisé les autorités russes, qui ont étendu le périmètre des recherches. Les boîtes noires de l’appareil n’ont pas encore été localisées, mais le commandant des forces aériennes russes, Viktor Bondarev, s’est dit «certain» qu’elles n’ont pas été endommagées, ajoutant espérer qu’elles soient retrouvées dans la journée de lundi.

Un doute à propos de l’avion

Dans l’immédiat, les médias relèvent aussi que «depuis sa création à la fin des années 1960, le Tupolev Tu-154, […] a connu de nombreux accidents ces quinze dernières années». Le Figaro en recense une petite dizaine en tout, et Radio France internationale pose aussi la question qui dérange: est-il «un avion-tombeau», sachant que la «série noire des accidents dramatiques qu’a connus cet appareil de référence de l’ex-URSS» n’est pas due à son mode de fabrication, mais, «selon les experts, […] à la façon» dont ce vieillissant «cheval de trait des cieux soviétiques […] est utilisé». Il existe en effet de sérieux doutes sur son exploitation et son entretien: «La question de la qualité du carburant est notamment mise en avant dans l’ex-URSS et les pays d’Europe de l’Est, ainsi que le niveau global de qualité de la maintenance»:

L’hommage de Mireille Mathieu

En attendant, «l’ensemble Alexandrov est un des meilleurs du monde. Il se produisait toujours dans des zones de conflit […]. C’est une terrible tragédie», a déclaré Elena Chtcherbakova, directrice artistique du Ballet Igor Moïsseïev, à l’agence Ria-Novosti. Les Chœurs de l’Armée rouge sont en effet partis souvent en concert dans des zones de combat, en chantant devant des soldats en Afghanistan, en Yougoslavie ou encore en Tchétchénie. Même la chanteuse française Mireille Mathieu, qui se produit régulièrement depuis 1967 avec eux, s’est déclarée dimanche sur RTL «bouleversée par cette tragédie qui endeuille le monde de la musique» avec la disparition de «ces magnifiques voix» [qui] sont un joyau de la Russie. […] «Ces chœurs me portaient littéralement en scène, et aujourd’hui ces voix d’or montent au ciel pour rejoindre le paradis des musiciens»:

«Si leur gloire en URSS puis en Russie fut et demeure incontestable, confirme La Croix, les Chœurs de l’Armée rouge figurent tout autant au nombre des ambassadeurs culturels destinés à montrer au monde entier un visage imposant mais séduisant, viril […] mais sensible, de la grandeur de leur pays. Leur répertoire, où figurent des tubes populaires russes comme le très fameux «Kalinka», des hymnes militaires, mais aussi des chants sacrés ou, poussés par un vent de modernité, des titres des Beatles et même «Get lucky» de Daft Punk, est magnifié par l’opulence de voix généreuses: les profondeurs abyssales des basses font frémir d’aise l’auditoire, saisi également par les aigus des ténors au timbre de rayon laser»:

En 2013, note Le Huffington Post, l’Ensemble Alexandrov avait donné une tournée en Allemagne. Le site pro-Kremlin Sputnik News le décrivait alors comme un «label de la Russie» dans le monde mais aussi «un ensemble vraiment unique avec son répertoire, son chœur masculin, un des meilleurs du monde et sa grande maîtrise de la danse et de la musique instrumentale». «Plus généralement, comme le note Culture Box, les Chœurs de l’Armée rouge n’ont aujourd’hui plus grand-chose de «rouge» mais restent très médiatiques, notamment en ajoutant des morceaux modernes lors de leurs tournées internationales. L’Ensemble Alexandrov avait par exemple repris «Skyfall» d’Adele en 2013:

Vadim Ananiev, le chanteur principal du chœur, a pour sa part raconté à Russia Today – autre vecteur de propagande russe – qu’il avait «été réveillé par un coup de téléphone» qui l’avait «informé de la tragédie qui s’était passée à Sotchi»: «J’étais choqué. Je ne pouvais pas y croire. Je n’y crois toujours pas… Je n’ai pas de mots pour exprimer mes sentiments en ce moment. Je ne comprends pas pleinement ce qui s’est passé. Ma femme pleure, mes enfants ne comprennent pas ce qui est arrivé. Je crois que nous allons aller à l’église pour prier…» dit-il avec cette plénitude de l’âme russe blessée.

Et d’ajouter, comme sur le site Gazeta.ru, que son épouse venait «de donner naissance à leur troisième enfant» et qu’il avait «demandé la permission de manquer un concert afin d’aider sa femme à prendre soin du nouveau-né»: «S’il y avait eu plusieurs concerts prévus, j’aurais pris l’avion pour prendre part au concert, je n’aurais même pas demandé de permission pour rester à la maison» tant «la mission» en Syrie était importante à ses yeux, comme le montre d’ailleurs aussi l’iconographie très choisie de la homepage de la très officielle Komsomolskaïa Pravda:

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© Gabioud Simon (gam)