Comment continuer à fêter Noël tout en se débarrassant des oripeaux du christianisme? Comment illuminer les rues, organiser des marchés ou des nocturnes, décréter des jours fériés, tout en refusant de commémorer la naissance de l’enfant-dieu? Pour rendre Noël compatible avec l’idéal de laïcité qui convient désormais à l’Europe, la seule solution était d’aller chercher les vieux cultes païens: la fête de la nuit la plus longue, prélude au retour graduel de la lumière. Ce recyclage n’est pourtant qu’un grand pas en arrière.

En effet, reniant des convictions religieuses profondément ancrées dans notre culture, on en revient à des références assez obscurantistes, qui n’allaient pas sans invocations à des dieux sorciers ni sans sacrifices divers. Qu’importe, l’essentiel étant de saper les bases de notre civilisation tant honnie afin, dit-on, de bâtir une société nouvelle. Il y a un antécédent à cette démarche, celui des nazis qui, eux aussi, détestaient le christianisme. Pensez, un dieu Juif! C’est pourquoi, sur la base du Yule germain, ils inventèrent une nouvelle célébration lors du solstice d’hiver, le Iulz, avec des chants spécialement écrits pour vanter un monde aux références purement germaniques…

Le syncrétisme religieux est chose passionnante car, de tout temps et en toutes régions, le meilleur moyen de supplanter les cultes antérieurs fut de se superposer à eux. Les dieux romains ont repris les déités égyptiennes. Les chrétiens aussi ont abondamment utilisé les dates et les lieux sacrés des religions précédentes, jusqu’au Mexique par exemple où les lieux de pèlerinage indiens furent consacrés à la Vierge. Noël s’est donc tout naturellement installé sur les Saturnales romaines et en particulier le «dies natalis solis invicti», jour de renaissance du soleil invaincu. Cela explique pourquoi l’édit de Thessalonique en 380 situe la naissance du Christ le 24 décembre à minuit, alors que les évangiles évoquent plutôt l’intersaison, quand les bergers gardent leurs troupeaux à l’extérieur durant la nuit… religiosité

N’empêche! La spiritualité chrétienne a élevé la lumière symbolique de l’esprit en lieu et place du culte à l’astre du jour. A l’inverse, notre époque purement matérialiste qui n’échappe pas au syncrétisme, croit évoluer en installant le dieu consommation sur le substrat chrétien. Bien sûr, Noël a toujours été l’occasion de faire bombance et de s’offrir des cadeaux, mais la ferveur de la commémoration n’en était pas occultée pour autant. On ne mangeait qu’après avoir prié à la messe ou au culte. On chantait près du sapin avant d’ouvrir les cadeaux. La nuit profane, c’était la Saint-Sylvestre, durant laquelle il ne s’agissait que de manger et de boire pour attendre et saluer le passage à l’année nouvelle, tradition déjà présente dans la Rome antique.

Quel est le sens de la fête alors que disparaissent les signes extérieurs du Noël chrétien? Les décorations ont été débarrassées des anges traditionnels ou des étoiles annonciatrices de la bonne nouvelle. Elles affichent maintenant des paquets cadeaux qui consacrent le nouveau culte. Les crèches qui mettaient en exergue les plus petits et les plus faibles commencent à être interdites dans les espaces publics, comme en témoigne le précédent de la ville de Neuchâtel. Remis au goût du jour par Coca-Cola, le père Noël et sa hotte à jouets a détrôné l’enfant Jésus dans sa mangeoire frisquette. Dans nos rues, il ne reste plus que l’Armée du Salut pour nous rappeler, avec force marmites et chants mal accordés, que l’amour du prochain reste la vertu cardinale de Noël.

Veuillez me pardonner si, pour cette dernière chronique de l’année, j’avais l’intention de vous administrer le traditionnel «Joyeux Noël et paix sur terre aux hommes de bonne volonté». En lieu et place, je vous souhaite Joyeux solstice et fructueux achats. Pour sûr que le monde ira beaucoup mieux ainsi!

mh.miauton@bluewin.ch

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.