Artistes comètes (3/8)

Judee Sill, divine incomprise de la chanson américaine

Le folk divin de la chanteuse californienne aurait dû faire d’elle une star. Las, Judee Sill décédera en 1979 d’une overdose sans savoir qu’un jour elle sera considérée comme une figure tutélaire

Pendant l’été, «Le Temps» raconte l’histoire d’un musicien qui a connu une carrière éphémère avant d’être redécouvert des années plus tard. Avec des destins singuliers et des albums cultes que le streaming permet enfin de (re)découvrir.

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Sorti en septembre 1971, le premier album de Judee Sill est une merveille folk où la voix de la Californienne est dupliquée et superposée afin de donner à sa musique une dimension chorale. Dans un monde parfait, Judee Sill aurait dû faire de la chanteuse éponyme une star immense. Elle avait elle-même de grandes ambitions: «Je veux être la plus grande songwriter du monde», dira-t-elle en 1972 au magazine Disc and Music Echo.

La vie de Sill est faite d’une si longue succession d’infortunes que si un scénariste proposait son histoire à un studio de Los Angeles, où elle est née en 1944, on lui reprocherait une exagération tragique. L’Américaine a 8 ans quand son père meurt d’une pneumonie. A 17 ans, elle se marie et divorce aussi vite, avant de se faire arrêter pour une série de vols à main armée.

Lorsqu’elle sort à 19 ans d’une année en maison de redressement, elle apprend que sa mère et son frère sont décédés. Ayant découvert durant sa détention la musique sacrée, elle se met alors à composer des chansons explorant souvent des thèmes chrétiens comme la rédemption. Le producteur David Geffen la signe sur son label Asylum, David Crosby et Graham Nash l’engagent en première partie de leurs concerts.

Las, son premier enregistrement s’avère être un cuisant échec commercial. Tout comme le second, le plus ambitieux et orchestré Heart Fool (1973). Se jugeant incomprise, lâchée par Geffen comme par son deuxième mari, Sill se réfugie dans les paradis artificiels – LSD d’abord, héroïne et cocaïne ensuite.

En 1979, alors qu’elle a disparu des radars, elle meurt d’une overdose. Il faudra attendre 2005, à la faveur de la réédition de ses deux albums et du mixage de ses démos inédites par Jim O’Rourke, pour que son génie harmonique soit enfin reconnu et salué par une nouvelle génération de héros folk (Bonnie Prince Billy, Fleet Foxes, etc.) qui en fera une figure tutélaire.

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