C’est un jour empli d’émotion, de soulagement, mais aussi de colère et de larmes. En condamnant à une peine de perpétuité un tortionnaire syrien, le tribunal allemand de Coblence n’a pas seulement dit le droit. Il envoie aussi un message percutant aux Syriens. C’est la première fois qu’ils voient un dignitaire de leur pays ainsi contraint de payer pour ses actes, et subissant l’opprobre international.

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L’ancien colonel Anwar Raslan, réfugié en Allemagne depuis 2014, a été reconnu coupable d’avoir décidé en Syrie de la mort d’au moins 27 personnes, supervisé des milliers d’actes de torture, des violences sexuelles, des enlèvements, des traitements dégradants. Ses vilénies personnelles ont contribué à faire de la «section 251» de la police secrète syrienne une des grandes horreurs de ce monde. Mais l’évidence transparaît à chaque ligne du verdict de la justice allemande: derrière ces crimes contre l’humanité, c’est bien le régime syrien qui dévoile sa nature, consubstantiellement criminelle.

Avertissement aux bourreaux

Il faut se féliciter de cette condamnation, des progrès de la justice internationale qu’elle traduit, et de l’avertissement qu’elle lance aux bourreaux et à leurs supérieurs, en Syrie et ailleurs: aucune frontière ne devrait protéger les coupables de crimes de cette ampleur. De même, le travail acharné des victimes syriennes elles-mêmes et des organisations qui ont réuni preuves et ressources financières, mais aussi le courage des témoins qui ont parfois risqué de mettre en danger le sort de leurs proches sont en tout point admirables.

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Il n’en reste pas moins que les crimes, en Syrie, continuent de se poursuivre en ce moment même. De quoi relativiser encore davantage ce succès «historique» de la justice: après plus de dix années de guerre, le régime de Bachar el-Assad est en voie accélérée de «normalisation» diplomatique, dans un pays où une grande partie de la population ne peut aspirer qu’à survivre au quotidien. Plus grave encore, peut-être: des réfugiés syriens se noient en Méditerranée (comme d’autres: Afghans, Irakiens, Somaliens…), meurent de froid à la frontière polonaise ou s’entassent dans le dénuement le plus total à Idlib, une région syrienne que ne contrôle pas Damas, tant l’Europe a décidé depuis longtemps de tourner le dos à ce drame.

Un tortionnaire à Genève

C’est quasiment une fable: Anwar Raslan, ce tortionnaire de Bachar el-Assad, a même fait partie des discussions de Genève sur la Syrie. Des photos le montrent à l’aéroport de Cointrin en 2014, sac duty free aux pieds, semblant presque s’amuser intérieurement de jouer pareil tour à la communauté internationale. La justice internationale vient enfin de montrer qu’elle avait des dents et pouvait mordre. Mais la politique, de son côté, a encore beaucoup à faire pour démontrer cohérence et détermination face à l’infamie.

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