Le 6 mai, les juges de la Cour pénale internationale (CPI) vont rendre leur décision sur la peine à infliger à Dominic Ongwen, ancien commandant rebelle ougandais et ancien enfant soldat. Son jugement de culpabilité a déjà été rendu, en février. Cette condamnation suscite des interrogations. Peu contesteront la gravité extrême des atrocités commises par Dominic Ongwen, détaillées dans 70 chefs d’accusation. Mais il a aussi été enlevé puis recruté à l’âge de 9 ou 10 ans par un groupe armé d’une cruauté extrême, l’Armée de libération du Seigneur, et a subi, des années durant, possiblement le pire de ce qu’un enfant peut subir en termes de violence et d’abus. Les juges de La Haye devront au minimum expliquer comment et à quel degré son enfance cauchemardesque d’enfant soldat peut ou doit mitiger les nombreux crimes commis à l’âge adulte.

Cette question est de brûlante actualité. En 2021, 426 millions d’enfants dans le monde vivent dans des contextes de conflits armés. Privés de leur droit à l’éducation, enrôlés comme enfants soldats et parfois jugés pour crimes de guerre pour ceux, devenus adultes, qui ont continué à commettre des crimes, les enfants sont victimes de la guerre à de nombreux niveaux. Ils auraient toute légitimité pour faire valoir leurs droits et être parties aux procédures intentées devant des tribunaux ou des mécanismes des Nations unies. Et pourtant le fait est rare, voire inexistant. Le récent rapport de Save The Children et de l’Université Oxford, «Advancing Justice for Children» identifie comme principal obstacle l’invisibilité des enfants tant dans les guerres que dans les processus judiciaires qui parfois s’ensuivent. En effet, les enfants ne pèsent pas en tant que collectif, ils sont peu ou pas représentés, aussi bien dans les entités légales et politiques que dans les organisations de la société civile.