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Le 12 janvier dernier devant l’ambassade à Londres, la presse traquait une éventuelle apparition de Julian Assange après que l’Equateur l’eut naturalisé.
© Peter Nicholls/Reuters

Revue de presse

Julian Assange, «boulet» pour l’Equateur, «boulet» pour Londres

Le fondateur de WikiLeaks, réfugié dans l’ambassade du petit pays sud-américain, commence à poser un sérieux problème aux uns et aux autres. A force de durer, l’affaire est devenue embarrassante pour Quito et la situation intenable pour le Royaume-Uni

Le président socialiste équatorien, Lenin Moreno, a déclaré dimanche que l’asile accordé au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis 2012 était un «problème hérité» qui constitue «plus qu’un tracas»: «Nous espérons parvenir à court terme à un résultat positif sur ce point», a déclaré le chef de l’Etat lors d’une interview à trois chaînes de télévision locales, dont Ecuador TV. Il a aussi répété que l’Equateur souhaitait obtenir une médiation «de quelqu’un d’important» pour résoudre la question, mais n’a pas précisé qui pourrait à son avis s’y impliquer.

Lire aussi: Les articles du Temps.ch sur Julian Assange

Craignant une extradition vers la Suède pour un viol présumé qu’il niait, Julian Assange, l’Australien de 46 ans, a trouvé asile à l’ambassade alors que l’Equateur était présidé par Rafael Correa, figure de la gauche sud-américaine qui a nargué Washington en «offrant ses services» au fondateur de WikiLeaks. Le parquet suédois a depuis classé l’affaire d’accusation de viol. Mais Assange craint d’être arrêté s’il sort de l’ambassade, puis d’être extradé et jugé aux Etats-Unis pour la publication en 2010 de nombreux secrets militaires et documents diplomatiques américains.

Tentant un petit coup de force, l’Equateur a donc annoncé le 11 janvier qu’il lui avait accordé en décembre la nationalité équatorienne et demandé à Londres de lui reconnaître un statut diplomatique. Ce statut lui aurait permis de quitter l’ambassade sans être arrêté par la police britannique. Mais le Royaume-Uni a refusé d’entrer en matière, tout en précisant qu’une telle arrestation aurait forcément lieu.

Le président Moreno a ainsi regretté dimanche que Londres n’ait pas accepté sa «solution»: «Cela aurait été un bon résultat. Malheureusement, les choses ne se passent pas comme le Ministère des affaires étrangères l’a planifié, et actuellement le problème demeure.» Maria Fernanda Espinosa, la diplomate en cheffe équatorienne, a cependant confirmé que son pays maintiendrait l’asile accordé à Julian Assange par Rafael Correa. Lequel est actuellement devenu – il faut bien le comprendre – un ennemi politique de son ancien allié Lenin Moreno, aujourd’hui président.

D’homme instrumentalisé par un des contre-pouvoirs latinos hostiles aux Etats-Unis, le fondateur de WikiLeaks serait-il ainsi devenu un «boulet» pour Quito? La question se pose: pourquoi le «cas Assange» est-il «digne de tant de complications»? «C’est le manque d’information qui alimente les rumeurs. Nous avons besoin que cette affaire, comme tout ce qui concerne le pays et son nom, soit traitée avec transparence», prônait récemment une tribune publiée dans El Universo et citée par Courrier international. Un quotidien équatorien qui parle aussi – non sans quelque sarcasme – de «petit hacker informatique devenu héros libertaire» ou de «méchant au service de Moscou, selon les points de vue».

Ses quelques apparitions – dans une attitude quelque peu arrogante – sur le balcon de l’ambassade à Londres (voir ci-dessus) ont le don d’énerver les autorités équatoriennes, alors que joint par Le Figaro, Juan Branco, un des conseillers juridiques de Julian Assange, juge que la situation devient tout aussi «intenable pour le Royaume-Uni»: «Scotland Yard a annoncé dépenser 65 000 euros par jour pour surveiller le pâté de maisons» où se trouve l’ambassade équatorienne. «Cinquante hommes et deux camionnettes en gardent les sorties 24h/24. Un chiffre que dénoncent de plus en plus de citoyens.»

Entre une saisie de la Cour de justice de La Haye et divers tours de passe-passe juridiques qui pourraient permettre à Assange de «s’en sortir», l’Equateur, dit encore le Foreign Office, «sait que la manière de résoudre ce problème» (pour lui) est qu’il «quitte l’ambassade pour se soumettre à la justice». Selon son conseiller, il serait alors «certainement libéré par les cours anglaises, mais la procédure d’extradition vers les Etats-Unis prendrait immédiatement le relais afin de le maintenir en détention.»

De plus, l’Equateur est un tout petit pays, sans grands alliés qui puissent l’aider. Pour Quito, l’affaire constitue un casse-tête juridique et diplomatique. Rafael Correa, l’ex-président, est d’ailleurs sorti de son silence en donnant un entretien à l’AFP où il a dit avoir «très peur pour la sécurité de Julian Assange»: «Je pense que ce n’est qu’une question de temps pour que ce gouvernement, qui a trahi tous les idéaux […], lui retire son soutien», a-t-il déclaré la semaine dernière. La situation s’avère décidément de plus en plus délicate pour le pays andin, où l’Australien se trouve désormais au centre d’un bras de fer politique.

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