Revue de Presse

Julie Lescaut pose son flingue

C’était une des institutions de TF1. La commissaire des Clairières tire sa révérence dans le 101e et dernier épisode de la saga. Ouf, disent beaucoup. A voir ce soir sur RTS2

Elle était apparue en Nana chantant atrocement faux sur la scène du 7, boulevard Montmartre, au Théâtre des Variétés. C’était dans la minisérie TV signée Maurice Cazeneuve, en 1981, d’après le roman d’Emile Zola. Petite actrice sans envergure du Paris Second Empire, l’une des femmes les plus courtisées de la capitale, qui fait tourner la tête des petits-bourgeois et aristos sur le retour… AlorsVéronique Genest entra dans nos vies de téléspectateurs, avant d’exploser réellement sur la scène dramatique quelque dix ans plus tard, en 1992, quand elle endossa, pour plus de deux décennies, les habits du commissaire Lescaut.

Prénom, Julie. En officier de police qui tente de concilier son métier stressant et sa vie de famille. Une héroïne de tendance plutôt féministe, donc, dans la célèbre série télévisée policière française créée par Alexis Lecaye en 1991 et diffusée ensuite sur TF1, La Une de RTBF, la TSR et la TV3 catalane. Jusqu’à ce que, le 8 avril 2013, on annonce que la saga s’achèverait après 101 épisodes divisés en 22 saisons. Rideau, donc: le 101 épisode, c’est ce soir à 21h, sur RTS2, avec un ultime rendez-vous inédit, intitulé «Mère et filles».

Avec Babou

Résumé de la chose, aimablement fourni par TéléObs: «Un squat est occupé par des altermondialistes. Une évacuation est organisée. Mais la situation tourne au drame» avec la mort d’une militante. Julie Lescaut, qui bondit hors de son commissariat des Clairières-sur-Seine, en banlieue parisienne, «doit gérer cette affaire, particulièrement complexe et délicate, surtout depuis qu’elle a découvert que sa fille, Babou, faisait partie du groupe de squatters»…

Ensuite, évidemment, place aux «rediffs» en pagaille, qui alimentent déjà le fonds de commerce de la TNT depuis plusieurs années avec cette saga qui prend place au cœur du district résidentiel métissé des Clairières. Et à laquelle le site Aux frontières des séries a consacré un volumineux dossier, où l’on trouvera tous les descriptifs utiles. Avec une larme pour l’attachant inspecteur N’Guma, incarné par le regretté Mouss Diouf, disparu à l’âge de 47 ans en juillet 2012. Aux côtés de Véronique Genest de 1992 à 2006, c’est LA figure qui a marqué le public.

Il y avait Lescaut et Navarro

Petit flash-back, qui replace la naissance de Lulie Lescaut dans son contexte, au moment où les séries TV américaines envahissent l’Europe. C’est Le Monde qui raconte: en 1985, l’année où le media executive Chris Albrecht débarque comme responsable de la programmation chez Home Box Office (HBO), la chaîne de télévision payante américaine du groupe Time Warner lancée le 8 novembre 1972 et qui a notamment servi de modèle à Canal+ en plaçant le cinéma au cœur de son offre; cette année-là, TF1 nomme à la tête de la fiction Claude de Givray.

«Le réalisateur est un des plus proches amis de François Truffaut. Il débuta avec lui aux Cahiers du cinéma, avant de se tourner vers la réalisation puis la télévision. Sous sa houlette, TF1, pour honorer ses obligations de production française, va suivre les chemins du téléfilm. Et quand la chaîne se mettra à la série, ce sera Navarro, Julie Lescaut… Ou, sur France Télévisions, L’Instit, «ce curieux homoncule des 90 minutes, pour reprendre les termes de Frédéric Krivine (cocréateur d’ Un Village français ), à addiction très faible, mollement dramatisé, pour la ménagère de moins de 50 ans qui vieillit avec ses héros».

Elle est «immortelle»

Dur. Dur pour la Véronique aux yeux verts. Et plus injuste encore pour la ménagère qui vieillit! Mais il y a un peu de cela, vous diront tous ceux qui sont nés après 1980, biberonnés à Twin Peaks et consorts. Alors, «comment conclure une série qui a tenu en haleine […] les téléspectateurs de TF1?» se demande Le Figaro. Véronique Genest «affirme que Julie Lescaut «ne va pas mourir. Elle est immortelle.» Ouf. Voilà les fans rassurés.» D’autant que «la commissaire se pose des questions sur son métier, son envie de continuer. La toute dernière enquête y répondra» ce soir.

«La fin sera heureuse pour tout le monde», conclut l’actrice, qui a fait peur à tout le monde en sous-entendant, au printemps dernier, lorsqu’elle a annoncé qu’elle posait son flingue, vouloir entrer en politique. Ça s’est mal passé, ne rentrons pas dans les détails, mais elle flirtait avec quelques idées frontistes qui ont fait polémique: «Je suis islamophobe, et phobie veut dire peur. Donc oui, peut-être oui, probablement, je suis islamophobe comme beaucoup de Français. J’ai peur de l’islam comme on a peur d’une chose que l’on ne connaît pas», avait-elle expliqué sur le plateau de Jean-Marc Morandini.

«Cette daube infinie»

En attendant, Le Nouvel Observateur écrivait alors, distillant son fiel: «Excusez-moi, mais je me pose une question: qui regardait encore Julie Lescaut? […] Il m’est certainement arrivé de tomber dessus par mégarde quand je n’avais pas encore le contrôle tout à fait absolu de la télécommande (merci papa, merci maman), mais tout de même! Depuis 1992, Julie Lescaut et sa gouaille de titi parisienne ont hanté le petit écran français, avec des intrigues toutes plus convenues les unes que les autres. Non mais, franchement, qui regardait cette daube infinie?»

Du coup, poursuit L’Obs, «j’ai une question: soit Véronique Genest est prise de démence en arrêtant la série d’elle-même, soit, au final, TF1 en a eu assez de devoir être associée à une femme qui ne maîtrise pas vraiment le mot «islamophobie». […] Vous l’aurez sans doute compris en me lisant: l’arrêt de Julie Lescaut me réjouit. Quand on voit la qualité des séries télévisées étrangères, pourquoi, en France, a-t-on droit à un ersatz de Derrick depuis 21 ans?» La commissaire, elle, dément tout lien entre la fiction et la politique à son sujet.

«Une certaine lassitude»

Reste que, ce qui frappe, «c’est que le temps semble ne pas avoir de prise sur ce feuilleton», pour La Libre Belgique, pas plus tendre: «Celui-ci est resté bloqué dans les années 90. Intrigue mal torchée, jeu approximatif, réalisation sans âme […]. Julie Lescaut est toujours ce polar franchouillard au ralenti, resté dans son jus pendant près d’un quart de siècle, offrant aux téléspectateurs un véritable voyage dans le passé.»

Il était de bon ton, depuis ce printemps, de célébrer la mort de cette ringardise. De ce «supplice», même, pour un certain. «Véronique Genest, elle, a invoqué une certaine lassitude», lit-on dans tous les médias, dont Metronews: «Nous avons fait le tour du personnage et nous avions envie de passer à autre chose», a-t-elle écrit sur Twitter (@twiitnana) . «Avant de couper court à tout lien avec son récent engagement en politique et ses sorties remarquées à connotation islamophobe.

«Il n’y a aucun rapport avec mes dernières prises de position et mon engagement politique. La décision d’arrêter était prise bien avant. Je garde d’excellents rapports avec TF1 et notre collaboration ne s’est jamais arrêtée à Julie et ne s’arrête pas.» C’est clair?

Salut, commissaire Lescaut! Moi, je vous aimais bien. Depuis Nana.

Publicité