(in)culture

Dans la jungle avec Apichatpong

Le festival genevois Black Movie célèbre ses 20 ans. On peut notamment y découvrir le dernier court métrage du grand Apichatpong Weerasethakul, Palme d'or 2010 avec «Oncle Boonmee»

La programmation des salles obscures vous rend malade, parce que trop axée sur les blockbusters et ne laissant de facto qu’une place congrue au cinéma d’auteur autre que français ou anglo-saxon? Il existe un remède simple: les festivals. Et en matière de manifestations cinématographiques, en Suisse, l’offre dépasse quasiment la demande, à tel point que ressurgit régulièrement cette question: y a-t-il de la place pour tout le monde? Mais ne comptez pas sur moi pour polémiquer, je n’écrirai jamais qu’on montre trop de films, même si certains films sont de trop.

Depuis hier se déroule à Genève la 20e édition de Black Movie, qui, sur le modèle du vénérable FIFF (Festival international de films de Fribourg), offre une visibilité à des cinématographies ignorées par les circuits de distribution classiques. Au fil de ses éditions, Black Movie a su fidéliser un public en suivant la carrière de quelques grands noms. Mon tropisme asiatique m’a régulièrement fait souligner la possibilité d’y admirer le travail du Coréen Hong Sang-soo. Cette année encore, on peut y découvrir ses deux dernières réalisations. Cette année aussi, le festival nous donne des nouvelles d’Apichatpong Weerasethakul.

Hypnotique, pas hermétique

Le nom du cinéaste thaïlandais reste associé à la Palme d'or qu’il a reçue à Cannes en 2010 pour Oncle Boonmee. Avant même que Black Movie ne s’intéresse à son œuvre, il avait été invité par les Visions du Réel nyonnaises et le FIFF. La légende veut que son cinéma soit hermétique. Certes, il explose les codes de la narration classique. Mais en même temps, il a quelque chose d’immensément envoûtant par la manière dont il sublime la nature, joue avec les sons, évoque un monde intimement lié à celui des esprits. Je ne me lasserai jamais de la seconde partie de Tropical Malady, qui se déroule dans l’épaisseur de la jungle. Rarement film n’a été autant sensoriel.

Lire aussi: Devenir cinéaste auprès d’Apichatpong Weerasethakul

En marge de ses sept longs métrages, Weerasethakul a signé pléthore de courts métrages expérimentaux et installations muséales. A Genève est montré Blue, un film d’une douzaine de minutes produit par l’Opéra national de Paris. Un lit dans la forêt, une femme qui dort, le reflet d’un feu, des décors peints de théâtre… Pas de dialogue, mais un hommage palpable au mythe de la caverne de Platon. Hermétique? Non, hypnotique. J’ai eu la chance d’interviewer à trois reprises le Thaïlandais depuis 2001. Pour lui, «le cinéma nous emmène dans des mondes différents, où l’on ressent des choses qui sont difficiles à expliquer». Merci aux festivals de défendre cette idée que le 7e art peut raconter autre chose qu’une histoire.


Les dernières chroniques (in) culture

La musique suisse en mode immersif

Colère noire pour gilets jaunes

Offrez de la culture!

Peter Jackson, la chute du roi

Didier et Alain, simples citoyens

Publicité