Revue de presse

«Jupitérienne», Marine Le Pen inquiète et fascine tout à la fois les médias internationaux

Entrée en campagne présidentielle au moment où son principal adversaire de droite, François Fillon, semble durablement affaibli par le PenelopeGate, la patronne du Front national prône, «au nom du peuple», une politique concrète qui garde les pieds sur terre. Qu’en dit la presse étrangère?

Si, en Europe, les analystes financiers commencent sérieusement à s’inquiéter du projet de référendum sur l’appartenance à l’Union européenne de Marine Le Pen, la prestation de la présidente du Front national (FN) et candidate à la présidentielle française, après ce week-end «riche en meetings politiques en France», s’est affichée à la une des quotidiens internationaux en ce début de semaine. «Sa première place dans les sondages au premier tour, […] la mondialisation et les étrangers inquiètent et intriguent la presse», dont Courrier international propose un diaporama.

Lire aussi: Entre Le Pen et Fillon, le Kremlin balance

«Vive la haine» dans l’Independent; «J’aime Trump» dans La Repubblica; «Un nouvel impôt pour les étrangers» dans El País; «Ni à gauche, ni à droite, mais Française» et «bulldozer» dans De Standaard; «A droite toute pour l’Elysée» dans le Financial Times (FT); «Raid sur la mondialisation» dans le Guardian; «La course en tête du Made in France» dans le South China Morning Post: on ne compte plus les articles expliquant, à l’instar du FT, qu'«avec son projet affiché de souveraineté monétaire, législative, budgétaire et territoriale», Marine Le Pen fait craindre «la possibilité d’un Frexit aussi rapide que dangereux». Mais attention, car «l’Union européenne peut survivre au départ du Royaume-Uni. Pas, en plus, à celui de la France».

Lire aussi: Marine Le Pen, l’ultime ligne droite vers l’Elysée

En Belgique, le quotidien flamand De Morgen estimait aussi le 2 février qu'«un boulevard s’ouvre à droite pour Le Pen», qui «se tient prête à récupérer les électeurs désillusionnés, à gauche comme à droite. Avec les révélations sur Fillon, son message, selon lequel la France est dirigée par une élite qui se vautre dans la cupidité, se renforce.» Quant à l’autre challenger, le candidat libéral de gauche Emmanuel Macron, il «a de son côté l’avantage de pouvoir attaquer Le Pen sur sa ligne antieuropéenne et sa proximité avec Trump et Poutine, mais il est vulnérable dans le sens» où la candidate du FN pourra facilement «l’identifier à la politique impopulaire du président Hollande, dont il a été ministre».

Conclusion, implacable: «Désormais, tout ce qui arrive ne fait que la renforcer.» A «la menace identitaire», écrit la Tribune de Genève, «Marine Le Pen ajoute celle de la paupérisation des classes populaires. Elle parle de «mondialisation épouvantable» en filant la métaphore. Elle a cette formule qui fait mouche: «La mondialisation crée des produits fabriqués par des esclaves qui seront achetés par des chômeurs!» «Au nom du peuple», son clip de campagne «jupitérien» aux yeux du Parisien, ne dit pas le contraire:

Alors, «avec le Frexit et la restriction de l’immigration comme chevaux de bataille, […] en tête des sondages avec 25,5% des intentions de vote»: mais «quelle est la clé de ce succès?» se demande le site agrégateur de la presse Eurotopics. D’abord, il y a cette «cohérence du manifeste du nouveau populisme», selon La Stampa: ses «144 engagements électoraux ne sont pas une liste hétéroclite de slogans et de revendications, mais un projet de programme qui se tient» et contraint ses adversaires à une «politique concrète qui garde les pieds sur terre». On aurait tort, par exemple, de laisser au FN et à ses alliés en Europe «le monopole de la redistribution», selon le quotidien de Turin.

Pour la candidate, «l’Europe des fonctionnaires et de la réglementation outrancière a fait son temps». Mais «dans aucun pays européen» non plus, «les prochaines élections ne seront gagnées sans nouveau programme et sans nouvelle vision». Analyse corroborée par l’Irish Independent qui soutient qu’au Danemark, en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas, des mouvements «amis» du FN ne sont plus seulement les «racistes blancs xénophobes» qu’ils ont pu être par le passé. Non, ce qui est plus dangereux maintenant, c’est que «leurs dirigeants ont découvert dans la politique européenne une faille béante dans laquelle ils réussissent aujourd’hui merveilleusement bien à se faufiler».

La preuve: l’affaire des emplois fictifs touchant la famille Fillon, s’étonnent les Salzburger Nachrichten, en la comparant au probable paiement d’un collaborateur du FN avec 300 000 euros du Parlement européen: «Il est intéressant de constater que les affaires de la candidate de l’extrême droite, contrairement à celle de Fillon, ne lui nuisent pas le moins du monde. Pas même quand ses agents de sécurité chassent brutalement de la salle les journalistes s’enquérant de l’affaire. […] Une grande partie de son électorat protestataire attend ce genre de comportement. L’essentiel est de nuire au système honni. En revanche, ses partisans attendent des politiques mainstream qui font partie du système un comportement en parfaite adéquation avec le système.»

Autrement dit: deux poids, deux mesures. Ce que déplore Politiken au Danemark: «Marine Le Pen exploitera à fond l’affaire Fillon. Plus il s’accrochera à ses ambitions politiques, plus elle pourra exploiter le filon. En tant que leader d’un parti hérité de son père, elle fait elle-même partie d’une élite et profite de ce népotisme, mais ce genre de contradictions triviales n'a jamais inquiété les nationalistes. Et dans le pire des cas, les électeurs eux aussi ne veulent pas le savoir, tant leur dégoût de la classe politique dominante est grand.»

Publicité