éditorial

Dans le Jura, un théâtre qui change tout

ÉDITORIAL. Ce lundi, à Delémont, sera donné le premier coup de pioche du chantier culturel le plus ambitieux du canton jurassien. Consacrant l’amour de la scène de toute une région, un centre dramatique ultramoderne verra le jour en 2021

Ce coup de pioche est un lever de rideau pour l’histoire. Ce lundi, Arlequin veillera sur les ouvriers qui prendront possession de la parcelle la plus aimantée du canton du Jura. A deux pas de la gare de Delémont, tout près de la vieille ville, une brigade de casques investira un chantier qui a longtemps fait figure de chimère: fruit d’un partenariat public-privé, le Théâtre du Jura, sa salle ultramoderne de 450 places, ses deux studios de répétitions et son bar s’y dresseront en 2021, au cœur d’un complexe immobilier qui comprend logements et commerces.

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Le paradoxe de la patrie du poète Alexandre Voisard était extraordinaire. Le benjamin des cantons helvétiques affirme depuis sa naissance en 1979 sa passion pour les jeux théâtraux, ceux du hasard bien machiné, du mot d’esprit qui rejaillit en manifeste, du corps qui fomente des révolutions poétiques. Symbole: depuis 1994, il propose, au Lycée cantonal de Porrentruy, l’unique maturité théâtre de Suisse. Le public qui se presse dans les salles est jeune le plus souvent, généreux, vif, sans complexes.

Avec ses 75 000 habitants à peine, ce territoire possède aussi ce don, celui d’engendrer des artistes merveilleusement timbrés: Zouc jadis, Lionel Frésard, Eugénie et Augustin Rebetez, Laure Donzé, entre autres, aujourd’hui. Mais voilà: ce luxe de singularité ne disposait pas jusqu’à présent d’un théâtre adapté aux exigences de la création contemporaine, capable de soutenir les artistes locaux, de nouer des alliances avec d’autres grandes maisons régionales. L’exode était le lot des figures les plus aventurières. La naissance prochaine du Théâtre du Jura changera tout.

Celui-ci confirmera d’abord l’exception culturelle de la Suisse romande, qui de Neuchâtel à Genève, où se construisent actuellement deux théâtres, de Lausanne à Fribourg, s’affiche comme l’une des régions les plus friandes de spectacles d’Europe. Il magnifiera aussi l’exception jurassienne, cette joie contagieuse de chercher les mots pour dire le monde, d’en traquer le sens sur les planches. Il se muera enfin en partenaire de choix pour les institutions suisses et françaises voisines, dessinant au nord-est du pays un nouveau champ magnétique.

En 1979, le canton du Jura voyait la lumière, après des années d’ombres et de combats. A l’époque déjà, ses pionniers appelaient de leurs vœux un théâtre qui en refléterait les élans, les écorchures, les envolées. Le désir prend forme au cœur de la capitale jurassienne. Cette maison qu’on espère rayonnante servira de camp de base aux émules d’Alexandre Voisard et de Zouc. Il leur reviendra d’attiser encore le feu sacré des poètes. C’est en soi un privilège.

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