Arnaques

Le jus de chou, cette recette de charlatan

Le diagnostic est inquiétant: depuis l’arrivée d’Internet, le commerce de faux médicaments et la publicité pour des produits miracles se multiplient. Comment s’en prémunir?

Du remède contre la cellulite au traitement secret contre une maladie, les prétendus produits et recettes miracles venus de nulle part fleurissent sur Internet. La santé n’échappe pas aux fake news et à la concurrence de l’amateur. Et parfois, de l’escroc. «Le charlatanisme a toujours été un problème de santé publique, à travers la fabrication de faux médicaments ou la publicité pour des produits miracles», observe Dominique Sprumont, directeur adjoint de l’Institut de droit de la santé de l’Université de Neuchâtel et de l’Ecole suisse de santé publique: «L’arrivée d’Internet a augmenté les pratiques trompeuses et complique la tâche des autorités en termes de prévention et de répression des abus.»

Des scandales en or

Derniers buzz en date? Une Américaine prétend que «sa» boisson à base de chou fermenté guérirait toutes les maladies. Sans garantie scientifique et sans formation correcte dans le domaine de la santé, elle a pourtant rassemblé 6000 adeptes sur sa page Facebook. Ses détracteurs exigent la suppression de ses comptes sur les réseaux via une pétition sur Change.org. Quant à la blogueuse australienne Belle Gibson, elle a prétendu avoir guéri d’un cancer du cerveau grâce à des thérapies naturelles et à des régimes sans sucre et sans gluten. Elle a été condamnée en septembre 2017 par la Cour fédérale australienne à une amende de plus de 300 000 francs pour pratique trompeuse. Et il existe beaucoup d’autres cas de ce genre, gourous du «tout cru» notamment évoqués par Newsweek ou L’Obs/Rue89.

«Il est délicat de tracer une frontière claire entre médecine «classique» et médecine complémentaire, rappelle Dominique Sprumont. De même, il peut être difficile de distinguer une prestation qui est dans l’intérêt des patients d’une escroquerie, des abus pouvant aussi se produire de la part de professionnels de la santé.» L’imbroglio entre différentes catégories de pratiques est vaste. Par exemple, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) estime à plus de 20 000 le nombre de thérapeutes non-médecins ayant le droit d’exercer, sous conditions cantonales. Des conditions qui changent également d’un pays à l’autre.

Entre Internet, lois régionales et non-professionnels, difficile donc de savoir à qui ou à quoi se fier. D’autant plus qu’il n’existe pas de registre officiel à l’échelle nationale. Le problème: l’engagement de poursuites s’avère délicat. «La victime peut s’adresser aux autorités compétentes et se retourner contre son abuseur. La procédure sera toutefois compliquée si celui-ci se trouve à l’étranger ou que la tromperie a été faite via Internet.»

Mot d’ordre: prudence

Vu la vitesse à laquelle les informations circulent sur Internet, assurer une surveillance totale des sites est complexe. Comment se prémunir d’abus? La sensibilisation, l’information et le discernement sont de mise. L’OMS et Swissmedic notamment mettent en garde contre le commerce illégal de médicaments sur Internet. Basée à Genève, l’ONG Health on the Net décerne quant à elle un label «HONcode» aux sites proposant de l’information médicale fiable.

En 2014, en France, le Centre contre les manipulations mentales avait lancé une campagne de prévention contre les traitements miracles et les faux thérapeutes. D’après cette association, 22% des dérives faisant l’objet de signalements concernent le domaine de la santé. Les plus vulnérables: les malades et les personnes âgées. Selon un sondage de l’OFSP, 43% des seniors consultent le Web pour des questions de santé. Comme toujours, prudence, donc.

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