Du bout du lac

Jusqu’à quand?

OPINION. La campagne électorale a été heureuse et ennuyeuse. Notre chroniqueur s’émerveille de la stabilité de l’îlot suisse dans une mer qui gronde comme jamais

La Suisse est une île. Je ne vous apprends rien, vous le constatez aussi souvent qu’on vous le répète. Une île en son continent, un îlot de prospérité, un îlot de stabilité. Ici, les crises font toussoter, quand ailleurs elles lessivent. La Suisse ne fait rien comme les autres, surtout quand il s’agit de s’agiter. Elle surnage et surplombe, discrètement sûre d’elle. Ses rouages sont des horloges; sa monnaie un sanctuaire, pour tous et par tous les temps.

Puisque je ne vous apprends rien, pourquoi gaspiller du lignage? me demanderez-vous à juste titre. Parce que pardon, vous répondrai-je. Par les temps qui courent, le Sonderfall devient un peu trop criard pour ne pas s’y arrêter une seconde. L’exception suisse clignote comme jamais sur une mer déchaînée, comme jamais elle aussi.

Jamais, depuis la guerre froide et la fin de l’Histoire qui n’a pas eu lieu, le monde n’avait à ce point testé ses propres limites, vacillé sur ses certitudes, défié ses fondamentaux. Jungle géopolitique, hybris des ego, choc des puissants, guerres commerciales, chacun pour soi, multilatéralisme en berne: vu de haut, l’ordre international est devenu un oxymore.

Pays par pays, c’est encore pire. Aux Etats-Unis, une solution orange, instable et en sursis, qui gigote dans le Bureau ovale. Au Royaume-Uni, son frère jumeau, ses outrances et le frisson existentiel d’un divorce européen. En France, un président qui, après avoir retourné la table, surfe entre la colère et la panique d’un paysage politique en ruine. En Italie, un scénario à l’italienne, fois mille. Et au Moyen-Orient, le grand n’importe quoi. Où que l’on regarde s’ébroue l’incertitude et plane le doute.

L’assaut calme de la Coupole

Sur ce terrain fumant, qui semble prêt à exploser encore un peu, la Suisse, elle, choisit tranquillement les 246 citoyens qui présideront à ses destinées législatives pour les quatre ans à venir. Quatre mille six cents candidats souriants et quelques partis, partis à l’assaut calme de la Coupole fédérale. Une campagne heureuse et ennuyeuse, comme la Suisse. Çà et là quelques clips, sur les réseaux. Des questionnaires de Proust à la chaîne et en format carré, parce que c’est à la mode et que ça parle aux jeunes. Des affiches qui ressemblent à s’y méprendre à celles de la dernière fois. Le tout pour un résultat qui aura la politesse tout helvétique de ne pas trop s’écarter de la marge d’erreur des sondeurs.

La Suisse est une île. Déterminée à le rester. Souhaitons-lui d’y parvenir, le plus longtemps possible. Parce que l’eau monte.


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