Du bout du lac

Au moins jusqu’au «push» de Darius Rochebin

OPINION. Notre chroniqueur est un petit peu agacé par le Forum économique de Davos et ses nouvelles architectures pour les marchés disruptés

Si je vous dis que dans quatre jours s’ouvre à Davos le forum du même nom, vous allez me dire «ah oui, c’est déjà Davos… J’ai vu que Trump ne venait pas. C’est quoi le thème cette année?» ou quelque chose comme ça. Je vous répondrai que le thème, c’est la quatrième révolution industrielle et la remoralisation de la mondialisation. Padam. «Comme tous les forums, conférences et autres symposiums du monde depuis trois ans?» enchaînerez-vous, à juste titre. J’acquiescerai.

Outre le Bolsonaroshow espéré – on parie que Darius arrive à décrocher une interview? –, nous allons tous nous pencher pendant trois jours en cache-col sur le big data et l’intelligence artificielle, nous allons voir se dessiner de nouvelles architectures pour les marchés disruptés, jeter des strategic outlooks sur la consommation dématérialisée, confronter les défis aux opportunités – mais oui, vous savez, en mandarin, le weiji, le wei et le ji, la concomitance du danger et de l’opportunité – et peut-être faire un peu de ski. Tout en restant résolument «centré sur l’humain, inclusif et durable», parole de Klaus Schwab.

Un doute? Ecoutez Daccord!

Vous avez senti un léger sarcasme dans ce qui précède. A me relire, je suis obligé de vous suivre. Oui, le WEF nous agace un petit peu (surtout quand on n’est pas invité). C’est idiot d’ailleurs, parce que si tout le monde parle de globalisation 4.0, c’est peut-être parce que c’est important. Si vous en doutez, écoutez Yves Daccord, le patron du CICR, vous décrire comment la guerre de demain (demain, littéralement), ce sont de petits objets gros comme des oranges qui volent dans les rues, décident comme des grands qui ils doivent tuer, les abattent façon sniper, et qu’il y en aura 10 000 dans la ville, de ces petits objets horribles. Je vous promets que ça calme.

… et tout ce que vous voudrez

L’enjeu est vertigineux et pose des questions vertigineuses, sociales, économiques, géostratégiques, morales, éthiques et tout ce que vous voudrez. Et puisque nous avons décidé que l’avenir sera frénétique, nous devons frénétiquement le préparer, l’architecturer, le «reshaper», et tout ce que vous voudrez.

Mais pour vous dire toute la vérité, il manque quelqu’un à Davos. Sylvain Tesson. L’écrivain des échappées qui a eu cette formule parfaite: «Eteignez tout et le monde s’allume.» Alors, plutôt que de chausser mes Moon Boots en flanelle numérique pendant trois jours, j’irai chercher des «arrière-postes où règne la possibilité du silence». «L’inverse de la vie sur écran», sur un banc, sur un bateau; dans un bar, une bibliothèque ou un bal musette.

Au moins jusqu’au push de Darius.


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