Si la justice internationale piétine, celle des dictatures se met en scène cet été. Après la Corée du Nord qui condamnait en juin deux journalistes américaines aussitôt graciées par Kim Jong-il en échange d’une rencontre avec Bill Clinton, après la mise en scène des «aveux» de complot des opposants iraniens, c’était au tour mardi de la junte birmane de condamner une nouvelle fois l’opposante Aung San Suu Kyi au terme de ce qu’un expert de la région qualifie de «pièce de théâtre politique».

La lauréate du Prix Nobel de la paix, qui a été privée de liberté pendant 14 des 20 dernières années, a écopé de 3 années de prison et de travaux forcés. Peine aussitôt commuée en 18 mois d’assignation à résidence par le généralissime Than Shwe, numéro un de la junte.

Le crime de la dissidente? Avoir accueilli en mai un nageur américain chargé par Dieu d’une mission pour sauver son héroïne. Ledit «crétin», selon les termes de l’avocat d’Aung San Suu Kyi, passera pour sa part les sept prochaines années à casser des pierres au fond d’une mine birmane. Pour la junte, c’était un prétexte en or pour écarter la principale menace au maintien de son pouvoir alors que des élections parlementaires sont agendées pour fin 2010. La pseudo-grâce décrétée par Than Shwe devait calmer la communauté internationale. C’est un tollé qui l’accueille. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est aussitôt réuni alors que son secrétaire général, Ban Ki-moon, appelait à une libération immédiate de l’opposante. Fait remarquable, la Malaisie demandait de son côté une réunion d’urgence de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) – dont la Birmanie est membre – pour «évoquer cette question qui suscite une grande inquiétude».

La menace de nouvelles sanctions est brandie par les Etats occidentaux. Mais des mesures ciblées, visant les intérêts particuliers des dirigeants militaires afin d’éviter des conséquences plus lourdes pour une population qui vivote. Soumise depuis vingt et un ans à des sanctions (encore renforcées lors de la récente «révolution de safran»), la junte continue néanmoins de refuser tout dialogue avec la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi. Elle résiste d’autant mieux qu’elle n’est pas si isolée qu’il y paraît. Elle peut en effet compter sur l’appui d’autres régimes autoritaires, à commencer par la Chine et Singapour.

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