Le poste de procureur général doit-il absolument être disputé et les citoyens appelés à trancher? La reconduction tacite d’Olivier Jornot, qui n’a pas trouvé d’adversaire pour lui contester ses priorités et son bilan lors des prochaines élections générales du pouvoir judiciaire genevois, remet la question sur le tapis. Habitués à l’exercice – il y a eu quatre scrutins en trente ans, sans oublier une élection agitée devant le Grand Conseil en cours de législature –, certains partis regrettent l’absence de rival susceptible de porter leur étendard ou de nourrir un débat.

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C’est oublier un peu vite que l’élection du premier magistrat de l’ordre judiciaire n’est pas une élection politique au sens propre du terme. Si le mode de scrutin favorise une candidature à couleur partisane, l’enjeu dépasse largement la fidélité à une formation et le poste appelle surtout quelqu’un qui saura s’y soustraire. En sa qualité de patron du Ministère public, le procureur général doit donner des impulsions essentielles à la poursuite pénale, ce qui fonde l’aspect le plus stratégique de son rôle. Il doit aussi faire preuve d’indépendance, d’une autorité naturelle et de compétences reconnues.

Question de contexte

Dans ce contexte, l’élection dite ouverte prend tout son sens dans deux types de situation. Lorsque le sortant ne se représente pas (ce fut le cas en 2002 devant le peuple et en 2011 devant le parlement) ou lorsque le procureur général en place se représente malgré un bilan plutôt catastrophique (comme en 2008), voire avec des priorités pénales problématiques (comme en 2014).

Rien de tel aujourd’hui. Si Olivier Jornot essuie des critiques sur sa manière plutôt despotique de diriger l’institution, tout le monde lui reconnaît le mérite d’avoir remis de l'ordre au parquet et d’avoir défendu avec énergie les besoins budgétaires du troisième pouvoir. Quant aux priorités pénales et autres dossiers chauds qui font polémique, on imagine mal un candidat sortir du bois et faire campagne en clamant qu’il vaut mieux laisser tranquille tout élu qui dérape, ou qu’il faut passer l’éponge sur les excès routiers et musclés commis par des policiers.

En fin de compte, cette élection tacite est une bonne nouvelle. C’est en tout cas le signe d’une accalmie pour le palais. Après des années d’intrigues et d’agitation, il était temps pour la justice genevoise de souffler un peu et de pouvoir se consacrer à l’essentiel.