Criminalité

La justice suisse «trop clémente» envers le viol?

Depuis dimanche, le débat autour du viol s’emballe sur les réseaux où les internautes plaident pour un durcissement des peines jugées trop douces

Les réseaux sociaux s’insurgent: une peine maximale de 10 ans pour viol, c’est trop peu. Depuis dimanche, une enquête de la «SonntagsZeitung», suivie d’une série d’articles sur ce crime «bagatelle», ravive le débat autour d’un durcissement du Code pénal. Les déclarations d’une élue UDC tenant les femmes «naïves» pour «responsables» échauffent encore un peu plus les esprits, dans un contexte déjà ultrasensible suite aux procès de Claude D. et de Fabrice A.  

Nombre d’internautes, écœurés, dénoncent une «permissivité, une tolérance, une indolence insupportables, de la part de la justice vis-à-vis des abus sexuels». La définition du viol, qui ne reconnaît que la pénétration vaginale par un pénis, est également pointée du doigt pour son caractère paternaliste. «Et les hommes victimes de viol - ha, pardon, de contrainte sexuelle - on en parle?» questionne Sarah Laurent. Jugé désuet et restrictif, le cadre ne dit rien des viols homosexuels ou des agressions qui ne vont pas jusqu’à l’acte.

«Une honte absolue»

Pour une grande majorité de citoyens, la justice suisse est trop clémente avec les violeurs. «Comment est-ce possible de ne pas réussir à modifier la loi? C’est une honte absolue», déplore Cyrille Schnyder-Masmejan sur Facebook. D’autant que, pour les victimes, «c’est une condamnation mentale à vie», estime Silvia Schera. Trop laxiste, le droit suisse aurait un effet contre-productif. «Comment encourager les victimes à porter plainte si la peine est si légère et si leur bourreau se retrouve rapidement dans la nature?» questionne le conseiller communal PLR Steen Boschetti. La loi serait également disproportionnée: «Si tu fais un excès de vitesse tu es un criminel à enfermer, où est la vraie justice?» s’indigne Joséphine Stocchetti Cardello.

Au cœur de ce débat-fleuve, les mots de la Bernoise Andrea Geissbühler, interrogée dimanche par TeleBärn, ont choqué la Toile. «Les femmes naïves qui ramènent à la maison des hommes qu’elles ne connaissent pas, se laissent aller pour ensuite décider qu’elles ne veulent finalement pas de rapport sexuel sont en quelque sorte aussi un peu responsables.» Une culpabilisation des victimes en bonne et due forme. «La naïveté responsable: on dira donc aussi ça aux enfants abusés», lâche Lule Bulle. «Je suis sans voix, déplore le conseiller national socialiste Jean Christophe Schwaab sur Twitter. @Monolaur ajoute: «Moi je suis sans voix qu’on lui cède la parole. Qu’elle soit interviewée. Qu’on accorde de l’importance à la sottise.»

Culture du viol

«Ahhh cette naïveté qui te porte à penser que tu as le droit, comme tous les autres, de marcher dans la rue, prendre le bus, faire tes courses sans être agressée… même si tu es une femme», ironise Chiara Storari. «Il faudra bientôt s’excuser d’être victime!» s’insurge encore Beatrice Rossiaud. Selon l’OFS, un violeur sur trois ne fait pas de prison ferme en Suisse. «C’est ça le scandale et pas les délires d’une élue UDC, twitte Carine Carvalho, visiblement agacée par la polémique. Aucun viol n’est «mineur». Arrêtons la culture du viol!»

La loi ne reconnaît pas «l’extrême gravité de ce crime», lit-on encore dans les commentaires des internautes. Mais durcir les peines n’est pas simple. Et la question divise les élus à Berne. Qu’importe, «il y a des combats auxquels je ne renoncerai jamais», déclare la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz. Pointées du doigt, les autorités sont accusées de «banaliser» le crime, et de faire preuve de lâcheté en «se renvoyant la balle». 

Malaise évident

«Mieux vaut être violeur qu’automobiliste», va jusqu’à conclure un internaute. Si l’avalanche de commentaires traduit un malaise évident, elle prouve aussi combien il est nécessaire de garder la tête froide dans un domaine hautement émotionnel.

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