Revue de presse

Justin Trudeau compte sur la crise du climat pour gagner les élections canadiennes

Ce lundi soir avait lieu le seul grand débat télévisé en anglais consacré aux élections législatives du 21 octobre. Pas de grand gagnant entre conservateurs et libéraux, qui s’affrontent sur le climat, mais un 3e homme a fait forte impression sur la presse, Jagmeet Singh, du Nouveau Parti démocrate

«Monsieur Trudeau vous êtes un fraudeur, un imposteur, et vous ne méritez pas de diriger ce pays.» Le Canada renouvelle son parlement le 21 octobre, et cette nuit avait lieu le seul débat en anglais avec les six candidats de la campagne, modéré par cinq journalistes et organisé au Québec. Un débat qui a tout de suite été très chaud: «le conservateur Andrew Scheer n’a pas attendu la fin de la première question pour lancer le bal des insultes», commente Le Journal de Montréal. Qui parle d’ailleurs de «cacophonie» plus que d’un débat: «La soirée a été souvent chaotique et parfois superficielle. Avec tous ces chefs sur scène, il n’a pas fallu longtemps pour que les échanges dérapent […]»

«Fraudeur», «imposteur» – en raison d’abord du passé du premier ministre libéral récemment revenu à la une de l’actualité, avec ces photos de blackface datant de l’époque où il était étudiant puis prof pour lesquelles il a présenté des excuses, mais qui ont beaucoup dégradé son image dans l’opinion. «[M. Trudeau] est vraiment doué pour prétendre des choses. Il ne se souvient même pas combien de fois il a fait un blackface […] parce qu’il porte toujours un masque», a ironisé Andrew Scheer. Les réseaux sociaux se délectent ce matin aussi de la question posée par un membre du public au premier ministre – «Avez-vous présenté des excuses aux chefs de gouvernement en Afrique ou en Asie pour votre comportement personnel?» – question à laquelle Justin Trudeau ne répond bien sûr pas.

Ils étaient six sur scène, mais deux figures ont occupé le devant de la scène, analyse le Guardian: Justin Trudeau et Andrew Scheer, son opposant conservateur. «Celui-ci a mené une campagne jusqu’ici sans gaffe, mais la révélation de sa double nationalité canado-américaine l’a mis sur la défensive. Un problème qui est exacerbé par le fait que lui-même et son parti ont dans le passé critiqué l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean en raison de sa double nationalité.» Le New York Post rappelle que s’il a entrepris en août la démarche d’abandonner sa citoyenneté américaine, celle-ci peut prendre jusqu’à dix mois.

C’est sur le climat que Trudeau veut faire la différence, explique le Guardian, il «repositionne sa campagne de réélection sur la crise du climat». L’affaire du pipeline Trans Mountain, commandé par l’Etat, a été exploitée des deux côtés – une hérésie pour les écologistes, une option trop tardive pour les ultralibéraux. «Les positions de nos deux partis sont très différentes quant au changement climatique», a martelé Justin Trudeau. «Un rapport indique que le réchauffement climatique au Canada est deux fois plus rapide qu’ailleurs, est-ce que ce pipeline sera le dernier que vous approuverez?» questionne une journaliste, citée par le Post Millennial. Réponse prudente du premier ministre: «Nous devons aller plus vite, c’est certain […] Notre plan est faisable et raisonnable. […] Nous interdisons déjà le plastique à usage unique, nous faisons payer les pollueurs, nous savons que la transition vers une énergie propre ne se fera pas en un jour […] Tout l’argent de ce pipeline devra être investi dans l’énergie verte.» Et d’accuser les pouvoirs régionaux conservateurs de freiner sa politique.

«Plaise à Dieu que vous n’ayez pas la majorité cette fois – l’engagement de Justin Trudeau pour le climat c’est une promesse d’échec!» a bondi Elizabeth May, la candidate verte, seule femme sur le plateau. Ces derniers temps, les conservateurs ont souligné «l’hypocrisie» de Trudeau, qui dispose de deux avions pour ses transports.

«La question environnementale est revenue dans tous les échanges et chaque chef a essayé de se dépeindre comme plus vert que Dame Nature. Tous ont d’ailleurs prétendu avoir le meilleur plan vert, et les cinq chefs de l’opposition se sont fait un plaisir de critiquer le bilan du gouvernement libéral», écrit le Journal de Montréal.

Le troisième homme

Toujours sur le climat, The Globe and Mail cite longuement les propos de Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocrate, «le premier leader d’un parti qui ne soit pas blanc», signale le Guardian, qui a fait «très grande impression hier»: «Vous n’êtes pas obligés de choisir entre Monsieur J’attends encore et Monsieur Je suis dans le déni […] Ce qu’on voit ici c’est Messieurs Trudeau et Scheer se disputant autour de ce qui est le pire pour le Canada. Il faut commencer maintenant à montrer ce qui est le mieux» – à relire entre autres sur le site TVA Nouvelles, qui recense les principales punchlines de la soirée, ces petites phrases musclées étudiées pour marquer les esprits et faire réagir.

«Jagmeet Singh a beaucoup travaillé pour se présenter comme une troisième option possible, estime la BBC, intervenant souvent à bon escient dans le débat.» Autre exemple fourni par The Globe and Mail: quand Andrew Scheer a aussi dû s’expliquer sur ses positions pro-vie (entendez, contre l’avortement) – «personnellement je suis pro-vie, mais c’est OK dans ce pays d’avoir des avis différents» –, le candidat sikh a dégainé un «Un homme n’a pas à prendre de décision sur le droit des femmes de choisir», qui lui a valu des applaudissements.

Outre le climat, c’est aussi sur ces questions de société que Justin Trudeau espère faire la différence. Il a ainsi également été question de la loi 21, cette loi québécoise qui interdit aux représentants de l’Etat d’afficher des signes religieux, une loi populaire au Québec. «Pour une première fois, le chef libéral a utilisé la laïcité pour se distinguer de ses adversaires et marquer des points. Il a mis l’accent sur le fait qu’il est le seul à garder la porte ouverte en vue d’une contestation de la loi sur la laïcité de l’Etat par le fédéral», écrit le Journal de Montréal, qui cite Justin Trudeau: «Je suis le seul sur cette scène qui a dit: «Oui, le gouvernement fédéral devra peut-être intervenir dans ce dossier, parce que le fédéral a besoin de protéger les droits des minorités, les droits linguistiques, les droits des femmes.»

Les derniers sondages donnent 34% d’intentions de vote aux libéraux et 33% aux conservateurs – une différence pas significative, vu la marge d’erreur. Le NDP arrive en 3e position avec 15%, devant les Verts à 10%, le Bloc québécois à 5% et le parti populiste PPC avec 2%. Le dernier débat aura lieu jeudi, en français.

Publicité