Un article paru à la mi-décembre dans The Economist avait pour titre: «The new normal is already here». Son argument était que nous vivons désormais dans une «période de prévisible imprévisibilité», et que cette période est là pour durer. L’article prenait prétexte de la pandémie de Covid-19, mais l’auteur remontait beaucoup plus loin, traçant un arc allant des attentats terroristes de 2001 à la prochaine pandémie, en passant par l’accélération numérique, les risques d’inflation, la Chine et les changements climatiques. Malgré cette lecture, je n’aurais pas cru possible – et je n’étais certainement pas la seule – ce qui est devenu une réalité deux mois plus tard, aux petites heures du 24 février 2022: une guerre d’agression brutale en Europe. Un agresseur russe qui s’assoit sur le droit international, attaque un Etat souverain avec des chars et des lance-roquettes, tue des civils et dévaste leurs espaces de vie.