Il y a un an, UBS rêvait d’un président fort, issu du gotha bancaire mondial, pour succéder au «seigneur» déchu Ospel. Mais le rusé Bâlois réussissait à imposer un de ses lieutenants, Peter Kurer, s’assurant l’immunité après sa retraite. L’ex-juriste en chef n’a cependant jamais convaincu. Pris dans le viseur de la justice américaine, il est devenu une menace pour la banque. Son départ, qui coïncide avec le carnaval de Bâle où Marcel Ospel défile tambour à la main, achève la rupture d’UBS avec l’«ancien régime».

Pour le remplacer, le contexte n’est plus aux banquiers d’affaires de haut vol. Le problème d’intérêt national que pose UBS a «politisé» la fonction de président du conseil d’administration. La banque, qui a besoin de la Confédération pour survivre, a sorti du chapeau celui qu’elle espère être le trait d’union idéal entre la Bahnhofstrasse, le Palais fédéral et Washington. Kaspar Villiger, ex-conseiller fédéral, a la réputation d’un négociateur ferme, gardien de l’identité suisse, auteur de la célèbre phrase: «Le secret bancaire n’est pas négociable.» Comme patron des Finances, le radical a vécu la naissance de la nouvelle UBS-SBS, la loi anti-blanchiment, l’affaire des fonds en déshérence, la faillite de Swissair et l’accord avec Bruxelles sur la fiscalité de l’épargne.

Le Lucernois rassurera sans doute les épargnants helvétiques, redevenus une priorité pour UBS. Mais saura-t-il adapter son discours rigide à la situation détériorée de la Suisse face à Washington? L’image ternie des radicaux sur la scène politico-économique, avec l’arrière-goût de Swissair et du «Filz» zurichois, pèsera sur sa mission périlleuse.

A 68 ans, Kaspar Villiger ne sera pas un président fort. Il s’inscrira dans une division des tâches bien comprise: en tandem avec Oswald Grübel, il se contentera d’un cahier des charges politique, tandis que le banquier allemand de 65 ans redéfinira la stratégie d’UBS, en rendant un minimum de comptes à un conseil d’administration faible, censé le superviser.

Un diplomate et un redresseur: le pari d’UBS sera-t-il gagnant? Ou ce duo n’est-il que la combinaison idéalisée de deux retraités à la gloire passée?

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