«Il est condamné à vivre» sur «un chemin jonché de cadavres», selon la radio espagnole Cadena SER. Car pour beaucoup de fans, il reste l’âme des Stones, plus encore que ce vieux dandy de Mick Jagger. Avec son bandeau autour du crâne, sa chemise ouverte, sa voix caverneuse, sa gueule burinée et sa clope au bec, ses traits de rebelle, les cheveux désormais presque blancs en bataille et parfois même des lunettes noires en dessous, Keith Richards, né le 18 décembre 1943 à Dartford, dans le Kent en Angleterre, localité de la banlieue de Londres où vivait sa famille issue de la classe ouvrière, fête donc ce mercredi ses 70 ans.

Mais «comment est-ce possible?» s’étonne La Repubblica. Voilà qui ne rajeunira pas grand monde! Rappelons si nécessaire que le musicien, auteur-compositeur, guitariste aux riffs légendaires, est le cofondateur, en 1962, avec Mick Jagger, Brian Jones et Ian Stewart, tous deux disparus respectivement en 1969 et en 1985, des Rolling Stones. Avec le premier des trois, il est l’auteur de la grande majorité du répertoire original du groupe, qu’il décrit longuement, dans le Wall Street Journal, comme «un son» dans sa tête qui lui «cassait les pieds»! (S’il y a un seul article à lire sur le sujet, c’est celui-ci.)

Retour au cinéma, aussi

«Unkaputtbar» pour l’Augsburger Allgemeine, cet excentrique «survivant», comme le disent les Salzburger Nachrichten, célèbre non seulement ses sept décennies, comme l’a fait le chanteur des Stones fin juillet, mais aussi ses trente ans de mariage avec l’ancien top-modèle Patti Hansen, qui lui a donné deux filles, Theodora et Alexandra. L’artiste britannique a également trois autres enfants issus d’une union précédente, avec l’actrice italienne Anita Pallenberg.

A la veille de ce double anniversaire, la page internet officielle de l’artiste invite tous ses fans à poster des commentaires en guise de «cadeau» au guitariste. A la suite de quoi Keith Richards entamera une énième tournée avec les Stones, qui commencera le 21 février 2014 à Abu Dhabi, nouveau centre du monde. De plus, pour le cinéma, il a été annoncé au générique du film Pirates des Caraïbes 5: Dead Men tells no tales (voir à ce propos le dossier de Première). Aux côtés de Johnny Depp, il reprendra son rôle du capitaine Teague, le père de Jack Sparrow, déjà présent dans les troisième et quatrième épisodes de la saga, lit-on sur le site Melty.fr.

«Je le fais pour moi»

Quelle santé! Alors les gens lui demandent, à ce chenu: «Pourquoi tu n’arrêtes pas?» Réponse: «Je crois qu’ils n’ont pas bien compris. Je ne fais pas ça uniquement pour l’argent, ni pour eux. Je le fais pour moi», écrivait Richards dans Life, son autobiographie publiée en 2010 (Ed. Robert Laffont, 663 pages!) Le critique du Temps avait alors résumé: au rayon des bios, «on ne trouvera pas plus rock que cet ouvrage conçu comme une longue confession». Le rocker ne survit que par le rock.

On y «apprend presque tout de sa détestation croissante pour son complice d’antan, Mick Jagger, de sa consommation immodérée d’héroïne et de cocaïne dans les années 1970 et 1980». Mais «Je n’ai jamais eu de problème avec les drogues, j’ai eu des problèmes avec la police», ironise-t-il dans le Huffington Post UK. On y côtoie aussi un terrible macho, qui enchaîne les conquêtes et «le fait savoir sur un ton d’auto-complaisance».

«Fouteur de merde patenté»

Bref, c’est «l’histoire d’un rescapé», d’un «hors-la-loi malgré lui, fouteur de merde patenté, guitariste génial» comme le dit le service de presse du livre, qui «s’est forgé une existence dont beaucoup rêveraient mais dont peu s’imaginent la réelle teneur». Avec des femmes en pagaille, des drogues, des hectolitres d’alcool, des scandales et autres incarcérations qui marqueront les années 1960 et 1970, avant la mort tragique de l’autre guitariste fondateur du groupe, Brian Jones, au fond d’une piscine.

Mais, «survivant de la déglingue, le guitariste au riff qui tue est resté fidèle au blues des débuts. Aujourd’hui, c’est lui qui nourrit le groupe de son aura rock.» Les Inrocks proposent d’ailleurs un article extrait de leur hors-série consacré aux Rolling Stones en septembre 2012.

Atteindre les 70 ans, pour lui, c’était peu probable, commente enfin le site d’informations néo-zélandais Stuff: «Il a mené une vie qui aurait tué n’importe qui d’autre bien auparavant, avec sa dépendance à l’opium.» En plus, «il fume toujours comme une cheminée» et a hissé ses comportements au rang du «grand art du rock and roll». Et de rappeler qu’en 2006, après une tournée aux antipodes, «il était tombé d’un cocotier aux îles Fidji et avait dû être transporté à Auckland pour une opération cérébrale», comme le raconte aussi le magazine Rolling Stone. Un rescapé, vous dites?

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