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En janvier 2018, le chanteur avait déjà remporté le Grammy du meilleur album de rap, mais pas celui du meilleur album de musique.
© Matt Sayles/InvisionAP/Keystone

Musique

Kendrick Lamar, le musicien qui fait entrer le hip-hop au panthéon

Le rappeur californien crée l’événement en remportant le prestigieux Prix Pulitzer pour son album «DAMN.». Ravissement de ses fans, et suffocation des autres

«Félicitations à Kendrick Lamar pour avoir fait dégringoler 500 monocles en même temps»: ce tweet ironique représente bien la jubilation des admirateurs du rappeur californien, après son Prix Pulitzer pour la musique décerné lundi soir pour son album DAMN.

C’est la première fois qu’un musicien ni classique ni jazz remporte la prestigieuse récompense, alors que pour beaucoup encore, le hip-hop et le rap sont des sous-musiques, issues des ghettos noirs et de la violence des banlieues. «L'aspect exceptionnel de Lamar est désormais officiel», tente la National Public Radio. «Les Grammys ont peut-être snobé DAMN. comme meilleur album de l’année 2017 [attribué à Bruno Mars], mais Kendrick Lamar vient de faire l’histoire»: le commentaire est le même dans le Los Angeles Times, sur CBS News ou encore CNBC, amplement repris sur les réseaux sociaux.

«Le rap est la musique qui signifie notre époque, se félicite le Washington Post, c’est le son de la vie américaine au XXIe siècle – une forme d’art noir pour tous. Cette musique est une conversation implicite sur l’héritage de l’esclavage, la ségrégation, la brutalité de la police et d’autres injustices que la société n’arrive pas à éradiquer. En ce sens, le rap est le son d’une nation cassée qui essaie de se comprendre.»

Le New York Times cite l’administratrice du prix: «C’est un grand moment pour le hip-hop. Le jury a été unanime. Pour lui, l’album est une collection virtuose de chansons unies par leur authenticité et un dynamisme rythmique qui offre des images fortes capturant la complexité de la vie moderne des Africains-Américains.» Le journal ajoute que l’annonce du prix «secoue le monde de la musique classique, où les compositeurs vivants peinent à se faire entendre».

Certes, des milliers de tweets enthousiastes ont salué l’annonce du prix, rappelant que DAMN. a atteint le million de ventes physiques (plus de 3 millions d’exemplaires en comptant le streaming), que le film Black Panther, dont Kendrick Lamar a produit la musique, a désormais engrangé plus de recettes que Titanic et que le rappeur a déjà remporté 12 Grammys. «J’ai été un des premiers à chroniquer DAMN., la nuit où il est sorti, comparant sa métaphore de la terre à la lecture de Dostoïevski par Mikhaïl Bakhtine», se rengorge même un Twitto érudit. Mais de dures critiques demeurent. «C’est une insulte totale aux vrais compositeurs, innovateurs, et aux artistes qui travaillent dur depuis des décennies», s’emporte un internaute, déclenchant une nuée de commentaires.

«Ils ont raté des décennies de grands musiciens comme Nirvana, Cat Stevens ou les Beatles, ils ont récompensé des musiciens classiques ou de jazz et, tout d’un coup, désignent Kendrick Lamar? Quelle bande de…» râle un internaute sur la page Facebook du rappeur, prise d’assaut. «Ils sont bons et créatifs, mais le commentaire social de Kendrick Lamar est plus fort, associé à son talent lyrique, à ses allégories, aux histoires qu’il raconte et à la profondeur de sa musique… Il est au rap ce qu’Hitchcock est au cinéma», répond un de ses fans. «Avez-vous écouté Good Kid, M.A.A.D City? C’est le Grand Roman américain, sauf que c’est un album», rétorque un autre. «Le Pulitzer a perdu toute crédibilité», persiste un troisième internaute, tandis qu’un autre encore reproche aux jurés de «s’accrocher aux wagons du gauchisme».

L’histoire était déjà en marche depuis un moment déjà pour le natif de la ville déshéritée de Compton, dont le titre Alright a servi d’hymne au mouvement Black Lives Matter. «On n’est qu’en avril, mais entre Black Panther, Beyoncé qui rebaptisé Coachella de son nom [une cérémonie universitaire] et ce Pulitzer, 2018 détient déjà le record de l’année la plus noire», écrit une éditorialiste du Washington Post sur Twitter.


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