La vie à 30 ans

Kentucky Fried Chicken à Lausanne, ou mon assiette politique

OPINION. La gauche radicale conteste l’installation d’une telle enseigne au Flon. On peut au contraire croire, comme notre chroniqueuse, à la réconciliation générale par la bouffe

Je me souviens qu’enfant, je ne voulais manger que des fromages français. C’était très bête. Mais je voulais sans doute signifier par là une de mes origines, à cause d’un snobisme idiot au lait cru qui voyait une frontière du bon goût dans la couenne. Je vis aujourd’hui dans une ville occidentale, une de celles où les possibilités culinaires sont devenues aussi diverses que mondialisées, de l’Ethiopie à l’Inde, d’un sushi nippon à une pizza napolitaine, de la grande cuisine française à la meilleure des fondues. Et je trouve ça formidable.

La pensée unique culinaire

Mais ces assiettes contrastées sont attaquées de toute part. Il y a, comme dans nombre de domaines, un nouvel enfermement de la pensée culinaire qui commence à bouillir. Sous prétexte de glocal, les chefs étoilés se font une publicité facile en racontant ne servir désormais que des produits locaux… mais pas fous et conscients de leurs marges, ils font exception pour le vin et accompagnent leurs mets de grands crus de France et d’ailleurs. Certaines villes italiennes commencent à limiter les échoppes de sushis qui défigurent leurs rues, et désormais, il faudrait réguler les fast-foods à Lausanne. L’irruption d’une enseigne KFC fait se lever la gauche radicale qui s’invente agent contre la malbouffe.

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Je crois au contraire à la réconciliation par l’assiette, à la diplomatie du houmous par exemple. Le documentaire Faites du houmous, pas la guerre raconte comment, d’Israël à la Palestine, du Liban à l’Arménie, la miraculeuse purée de pois chiche dit le partage et ce que les peuples d’Orient ont en commun, la saveur d’un monde:

La politique qui s’invite entre couteaux et fourchettes est mauvaise conseillère quand elle divise, belle quand elle rassemble. Et raconte une histoire, celle d’un gamin qui adorait la cuisine, au hasard, avait fait mille métiers et fut au moins trois fois ruiné avant de se retrouver à servir dans une station-service du Kentucky d’excellents plats du sud des Etats-Unis à base de poulet. C’était si réussi que les guides gastronomiques le remarquèrent, que son restaurant devint une chaîne, et une part de la culture afro-américaine dans ce qu’elle a de plus populaire. C’est cela, l’aventure prolétaire et étonnante du colonel Sanders, fondateur de KFC.


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