Sale année pour les despotes! 2011 a débuté avec le départ de Ben Ali et se termine par la mort de Kim Jong-il. Le premier fut chassé par son peuple, le second a été lâché par son cœur. Là s’arrête la comparaison. Car si les populations arabes ont déclenché un processus révolutionnaire, rien n’indique que les Nord-Coréens soient à l’aube d’un printemps.

Avant de s’éteindre, Kim Jong-il a pris soin de préparer son plus jeune fils, Kim Jong-un, à sa succession. C’est l’héritier d’une dynastie fondée par Kim Il-sung, un pion de Moscou installé à Pyongyang au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et inventeur du «juche», idéologie communisto-confucéenne qui célèbre l’autosuffisance. De Kim III, son petit-fils, on ne sait à peu près rien. Peut-être parle-t-il aussi bien le dialecte bernois que le coréen si l’on en croit l’un de ses anciens camarades de classe qui affirme avoir étudié avec lui sur les bancs de l’école de Liebefeld. A-t-il 27 ou 28 ans? Jusqu’à sa première sortie publique aux côtés de son père, l’an dernier, aucun de ses futurs sujets n’avait vu son visage.

Seule certitude, il est bien le successeur légitime pour diriger un régime qui maintient une grande partie de sa population dans la terreur, élimine ses ennemis par un système de camps digne du goulag soviétique et possède l’arme nucléaire. Mais sa position est fragile. Son ascension fulgurante aux plus hauts échelons du parti et de l’armée a été orchestrée ces deux dernières années par un père malade. En chemin, il a dû écarter un frère aîné – répudié et réfugié en Chine – un autre frère jugé trop efféminé par le paternel et nombre de vieux caciques toujours en embuscade.

Les intrigues de cour pourraient donc redoubler ces prochains mois. Et ce n’est pas fait pour rassurer les voisins de la Corée du Nord. Séoul a tout à craindre d’une lutte renouvelée pour le pouvoir qui pourrait se traduire par de nouvelles attaques contre son territoire. Depuis l’armistice de 1953, les Nord-Coréens sont enfermés dans une mentalité de guerre et de paranoïa qui oblige leur leader à se faire menaçant quand il se sent fragilisé. L’allié chinois veillera au grain en s’assurant d’un statu quo pour le plus grand malheur des 23 millions de Nord-Coréens toujours prisonniers du dernier reliquat de la Guerre froide. A moins que Kim Jong-un se révèle un réformateur inspiré et suffisamment habile pour rompre avec son destin de petit despote. C’est la grande énigme coréenne de ce début de siècle.