Revue de presse

Kim Jong-un veut «courir vite» et Donald Trump rêve du Nobel de la paix

Leur rencontre de Hanoi approchant, les deux hommes rivalisent d’imagination pour donner du piment à l’événement. Avec Shinzo Abe, le premier ministre japonais, au milieu des petits jeux diplomatiques

La Corée du Nord est face à «un tournant considérable et historique», estiment ce lundi ses médias d’Etat, en usant d’une rhétorique un peu inhabituelle à une petite dizaine de jours du second sommet entre les dirigeants nord-coréen, Kim Jong-un, et américain, Donald Trump. Cette rencontre est prévue à Hanoï les 27 et 28 février prochains. Lors du premier sommet, en juin à Singapour, les deux hommes avaient signé une déclaration très vague en faveur de «la dénucléarisation de la péninsule coréenne». Mais aucun progrès n’a été réalisé depuis.

Pour en savoir davantage: A propos de la Corée du Nord, la pression monte sur Donald Trump

Pour tout dire, les deux parties ne sont pas du tout d’accord sur le sens exact de cet engagement. Et l’une des grandes interrogations sur ce dossier brûlant est de savoir si les Américains pourraient proposer une levée de certaines sanctions pesant sur le Nord en échange de mesures concrètes vers la dénucléarisation. Alors «il est temps pour nous de faire nos lacets et de courir vite, avec à l’esprit l’objectif le plus élevé au moment où nous nous présentons face à ce moment décisif», peut-on lire dans un l’éditorial, pour le moins lyrique, du journal Rodong Sinmun, qui ne mentionne cependant pas spécifiquement le sommet de Hanoi.

L’enjeu des ressources minières

De son côté, Donald Trump vient de vanter une nouvelle fois le potentiel économique «énorme» de la Corée du Nord et du «président Kim», en ajoutant «avoir hâte» de rencontrer le dirigeant nord-coréen: «J’ai une très bonne relation avec Kim Jong-un. J’ai fait le boulot», dit-il avec sa désarmante simplicité. En sachant pertinemment que le sous-sol nord-coréen regorge de richesses minérales sur lesquelles Pékin lorgne, ce qui n’est pas pour diminuer la pression sur sa guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Car l’éditorial du Rodong Sinmun appelle également les Nord-Coréens à consentir aux plus grands efforts pour doper l’économie du pays. La Corée du Nord, assure le journal, est «une nation socialiste forte», et le patriotisme commence sur le lieu de travail, encourage le journal. «Chaque produit doit être fabriqué pour faire briller notre pays.» Le nord de la péninsule, qui recèle la majorité de ses ressources minières, était jadis beaucoup plus riche que le Sud. Mais des années de mauvaise gestion l’ont appauvri.

Dans ce contexte, il faut aussi signaler que la Corée du Nord a fêté samedi le 77e anniversaire de la naissance de Kim Jong-il, le père du dirigeant actuel. Là-bas, ce jour de fête est appelé «jour de l’étoile brillante». A ne surtout pas confondre avec le jour anniversaire de la naissance de Kim Il-sung, le fondateur du régime communiste, qui est tout simplement le «jour du Soleil», explique Le Journal du dimanche.

Anecdotique? Pas tant que cela, car ces festivités habituelles du royaume ermite représentent les piliers symboliques sur lesquels repose le régime, pour qu’il «reste bien solide sur ses deux jambes». La condition? «Une répression sans bornes pour toute dissidence et un culte de la personnalité hors norme.» Méthodes que les vétérans de la guerre de Corée dénoncent encore à hauts cris ce lundi matin devant l’ambassade américaine à Séoul, pour s’opposer à tout accord de paix avec le Nord.

«Kim Jong-un, poursuit le dominical français, comme son père et son grand-père, n’a en rien renoncé à bâtir un pays qui consacre son énergie à l’avènement d’une société communiste qui assure à tous paix et prospérité», selon le lexique officiel. Mais «la vérité est qu’ils n’ont obtenu ni l’une ni l’autre. La pauvreté s’est accentuée avec la perte de trois points de croissance depuis 2017 et en 2018 par une baisse de 88% des exportations vers la Chine, son principal allié et client. Quant à la paix, elle reste menacée puisqu’il n’y a toujours pas d’accord avec les Etats-Unis. […] Bref, pas de quoi triompher, les ego de Trump et Kim ne doivent pas masquer cette montagne glacée du suspense nucléaire en Asie.»

Et pendant ce temps, Libération raconte que le régime «a indiqué à Tokyo que deux résidents nippons enlevés dans les années 70 étaient bien vivants. Ce rebondissement intervient au moment où les deux pays sont en discussion au sujet de leurs relations et d’une rencontre» entre Kim Jong-un et Shinzo Abe, ce qui serait, pour le coup, encore plus spectaculaire qu’avec Trump.

«Cette chose appelée le Prix Nobel»

Le premier ministre japonais, justement! Vendredi dernier à Washington, après que le président américain eut loué «ses bonnes relations avec Kim Jong-un, il a enchaîné», lit-on dans Le Monde: «En fait, je pense pouvoir dire ceci: le premier ministre Shinzo Abe, du Japon, m’a donné le plus bel exemplaire d’une lettre qu’il a envoyée aux personnes qui remettent cette chose appelée le Prix Nobel. Il a dit: «Je leur demande de vous remettre le Prix Nobel de la paix.» J’ai dit merci.»

Ce, juste après avoir «assuré sur le ton de la confidence que son prédécesseur, Barack Obama, serait entré en guerre avec la Corée du Nord» après avoir lui-même obtenu le Nobel de la paix. Mais «moi, je ne l’aurai probablement jamais», a confié le président. «Le ton se voulait détaché, mais il n’a trompé personne.» Une signature qui reléguerait un armistice de plus de 65 ans aux oubliettes de l’histoire pour instaurer une paix durable et une réunification de la péninsule coréenne, tout le monde en rêve, mais pour l’heure, personne n’y croit encore vraiment.

A ce propos, la chaîne Arte propose ce mardi 19 février une soirée au cours de laquelle seront diffusés trois documentaires qui s’annoncent passionnants:

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