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Emmanuel Macron, ce mardi soir à la sortie des studios de TF1, à Boulogne-Billancourt, où il participai au journal de 20 heures.
© MATTHIEU ALEXANDRE

Revue de presse

Le «Kinder Surprise» disruptif de «Brutus» Macron

Le départ attendu du ministre français de l’Economie fait les délices des médias français, qui ne croient guère en sa possibilité d’accéder à l’Elysée. Et ses promesses de renouveau politique, au-delà des clivages, font ricaner la Toile

«Une image surprenante est venue pimenter» l’épisode attendu de la démission de l’année en France, ce mardi, celle du plus jeune ministre de l’Economie depuis Valéry Giscard d’Estaing voguant sur la Seine dans une navette fluviale pour rejoindre l’Elysée et présenter formellement sa décision. Une image très commentée sur les réseaux sociaux», qu’a parcourus France Info. En attendant, le résultat est que «plus isolé que jamais, François Hollande préside donc ce matin son premier Conseil des ministres de l’ère post-Emmanuel Macron, lâché par son ambitieux ministre de l’Economie à huit mois de la présidentielle. Au terme d’un mini-remaniement, Michel Sapin lui succède, ajoutant à son portefeuille des Finances celui de l’Economie. La passation de pouvoir est prévue à 9h à Bercy.

Et c’est ainsi que Macron rejoint «sa micro-entreprise pour tâcher de la faire grandir», éditorialise Libération. Que «l’homme des start-up est cohérent avec lui-même en joignant le geste à la parole, en levant l’ambiguïté transgressive qui a assuré son succès médiatique. […] Il fallait un talent certain pour passer en moins de deux ans du statut de conseiller important mais inconnu à celui de pré-candidat présidentiel. […] La performance est rare dans le jeu politique français, si rétif, au fond, à la franche nouveauté.» Mais si le président Hollande se représente «malgré son actuelle infortune, un Macron candidat endosserait, qu’il le veuille ou non, le costume de Brutus, un rôle que les électeurs goûtent rarement.»

Belle audace, donc? Même image de parricide, en tout cas, dans Le Soir, que cite Courrier international: «Et à la fin, Emmanuel Macron tua le père.» Mais attention aux écueils! Car «émancipé de son mentor», l’ex-ministre «n’a plus qu’à tenter de voler de ses propres ailes. Contre celui qui lui a tout donné et qu’il avait jusqu’ici toujours servi, la bataille sera sans merci», prédit le quotidien bruxellois. Qui publie aussi une avalanche de tweets assassins émis ce mardi par un nombre quasi incalculable de politiciens français: «Un coup de bambou», «un Kinder Surprise»… on peut les découvrir dans le fil en continu de France Info, qui montre également les principales unes des quotidiens français de ce mercredi.

«En agissant ainsi, Emmanuel Macron est fidèle à sa réputation de vouloir dépoussiérer les vieux schémas de la politique française, s’enthousiasmait déjà la Süddeutsche Zeitung en avril dernier, qui pourrait republier la même analyse aujourd’hui: «A l’Ouest, du nouveau, enfin», avec En Marche!, «mi-forum citoyen, mi-groupe de réflexion – tout sauf un parti cataloguable dans le schéma naïf gauche-droite. Les rituels rouillés de cette démocratie de camps paralysent le pays et expliquent en partie qu’un Français sur quatre soit séduit par les slogans du Front national.»

«Décidément, il n’est pas des leurs, il n’est pas comme eux», tous les autres politiciens français, confirme Le Monde: «Dans le crépuscule du quinquennat de François Hollande, Emmanuel Macron défie les lois du combat politique. Au moment de se lancer, l’ancien banquier d’affaires minimise sa prise de risque. Il avance un pied mais pas l’autre.» Il démissionne, oui, «mais à froid, donc sans éclat, presque sans drame». Cela constitue «même le summum de la transgression car si ses propositions font mouche, le président de la République sortant aura toutes les peines du monde à se représenter».

Et puis, «son âge constitue une promesse de renouveau. Il tente de le coupler à des propositions de nature libérale qu’il présente comme une alternative positive au lepénisme. C’est audacieux mais finalement pas unique: sur le créneau du rassemblement des progressistes, Alain Juppé campe en majesté. Sur le centre, François Bayrou veille jalousement. Sur la niche du renouvellement, Bruno Le Maire a pris une longueur d’avance en affrontant Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP il y a deux ans. A gauche, le social-libéralisme existe mais a toujours été ultra-minoritaire. […] Le combat s’annonce rude.»

C’est ce qui rend «prudent» le candidat potentiel, «presque expérimental»: «Une étape après l’autre. Il ne se déclarera candidat que si un puissant mouvement le porte, venu des tréfonds de la société. Dans le cas contraire, il peut faire autre chose, il se sent «libre». C’est toute la limite de sa rupture.» D’ailleurs, «après avoir éludé par deux fois la question «serez-vous candidat à la présidentielle de 2017?», Emmanuel Macron s’est vu demander par Gilles Bouleau sur TF1 ce à quoi il pensait en se rasant le matin», comme on peut le voir dans la vidéo du Huffington Post. «Cette petite allusion à Nicolas Sarkozy – qui avait admis en 2003 qu’il ne pensait pas à l’élection présidentielle en se rasant le matin […] est une petite habitude de journalistes pour tenter d’obtenir une réponse à cette question détestée des politiques…»

Le scan politique du Figaro est aussi en partie consacré à cette interview, vue comme un jeu avec «la montre». Et Macron «a encore tout à prouver», «tout en ne cachant pas «avoir de l’ambition» et «une volonté, celle de porter l’espérance»: «Ce projet que nous voulons construire, nous voulons le porter pour 2017, dit-il. Les circonstances que nous vivons imposent de changer. Ils imposent de changer nos pratiques, notre quotidien. Et du côté de la vie politique, il ne faudrait rien changer avec des primaires, des dirigeants bien connus? Eh bien non, nous devons proposer autre chose. Nous devons proposer une voie progressiste, sinon nous allons faire le lit des extrêmes.» Alors, «si de pareils propos n’annoncent pas une candidature, c’est à ne plus rien comprendre à la politique», écrit L’Eclair des Pyrénées, qui y voit une tentative de barrer la route à François Bayrou.

Mais pas de doute, lit-on dans Le Point: «En avant, marche!» Après avoir «goûté pendant deux ans aux fastes de Bercy», Macron «veut maintenant se délecter des lustres de l’Elysée», prévient le Midi libre. Qui, comme beaucoup de ses confrères de province, «fait référence, en utilisant le mot «marche», au nom du mouvement politique En marche!, créé début avril.» «Et maintenant, cap sur l’Elysée», titre en pages intérieures Le Parisien-Aujourd’hui en France.

«C’est bel et bien un pas de plus vers une candidature qu’a esquissé hier l’ancien banquier d’affaires. Il est désormais en marche», reconnaît aussi L’Alsace: «Décidément, rien ne sera épargné à François Hollande durant ce quinquennat, pas même le camouflet d’un ancien conseiller pas encore quadragénaire […] qui démissionne comme un ténor politique l’eut fait sous Mitterrand. Ironie du calendrier: Macron claque la porte au moment où ce vieux briscard de Chevènement réapparaît dans la lucarne!»

Et le quotidien de Mulhouse de poursuivre: «Le problème pour François Hollande est de se voir dicter le calendrier. Ce tonitruant départ intervient à un moment où le couple exécutif est à la peine, empêtré dans une impopularité chronique, englué dans un chômage qui recule faiblement et confronté à une fronde de plus en plus forte à gauche en même temps que croissent les dissensions, notamment après l’épisode sur le burkini.

Pour le Journal de la Haute-Marne, cette démission confirme, «c’est à peu près certain, l’entrée en campagne du jeune loup aux dents très, très longues». «Tout laisse penser» que l’objectif élyséen «lui trotte dans la tête», notent Les Echos. Mais «sur le papier, l’ambition est pure folie. Ses chances de l’emporter sont infinitésimales. Emmanuel Macron est un visage neuf qui sait prendre la lumière. […] Lui qui a popularisé le mot «disrupter» en économie veut faire de même en politique. […] Emmanuel Macron a l’audace démesurée de ceux qui croient en leur destin, mais il a aussi mieux que quiconque compris le rejet des Français pour la politique.»

«Cet espoir est aujourd’hui virtuel, estime le quotidien économique. «Il se lit dans les ventes record de Paris Match ou dans ses audiences TV. Peut-il être réel? C’est toute la question. Peut-on être un candidat crédible à la présidentielle sans entrer dans le moule? Comment bâtit-on un projet, suscite-t-on des soutiens, collecte-t-on des fonds et obtient-on 500 signatures «autrement»? Et quasi seul? Le défi est herculéen. Même si, en une seule journée, Emmanuel Macron a montré qu’il avait vu juste sur un point. L’attente pour «autre chose» est immense.»


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