Kofi Annan n'est pas corrompu, et personne ne l'a jamais pensé. Mais le secrétaire général des Nations unies, dans la gestion du programme «Pétrole contre nourriture», a fait preuve de trop de légèreté. Le mot est faible. La lecture du rapport d'enquête publié mardi à New York, consacré à l'attribution d'un contrat du programme à l'entreprise genevoise Cotecna, dont le fils de Kofi Annan fut l'employé, laisse un sentiment de profond malaise: tout n'est pas dit, et l'enquête de la commission présidée par Paul Volcker continue.

Pour l'ONU, cette lourde ambiguïté vient au pire moment, et les adversaires de l'organisation au Congrès américain se frottent sans doute les mains. Car les Nations unies, après le grand traumatisme irakien, sont engagées depuis l'été dernier dans une entreprise de réforme prometteuse: engagement dans la reconstruction des Etats en désagrégation, clarifications sur les moyens de la lutte contre le terrorisme, création – chère à la Suisse – d'un Conseil des droits humain, transformation du Conseil de sécurité.

La promesse est autant dans le contenu (l'ONU ne peut pas être autre chose que ce qu'elle est: des Etats, des rapports de force) que dans l'accueil fait au projet. Les Etats-Unis, soudain, ne campent plus sur leur scepticisme et leur hostilité à l'égard du «machin» de New York. Il faut prendre cette réforme au sérieux, disent les plus influentes voix américaines, et l'envoi d'un dur – John Bolton – aux Nations unies finissait par apparaître comme un élément de clarté dans le débat qui doit s'ouvrir cet automne.

Mais pour que cet espoir tienne, il faut que le pilote fédérateur soit en pleine forme, et à l'offensive. Or Kofi Annan est blessé, au plus mauvais moment. Son second mandat – et le dernier, on peut en être sûr – prendra fin en décembre 2006. Ou plus tôt? La question, maintenant, se pose.

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