Union européenne

Les Kosovars dénoncent l’hypocrisie européenne

Un message enthousiaste publié par la cheffe de la diplomatie européenne sur Facebook agace les Kosovars. Malgré l’indépendance de leur pays, acquise en 2008, ils doivent encore obtenir un visa pour entrer en Europe

Son sourire est éclatant. Mais Federica Mogherini savait-elle qu’en publiant une image d’elle, capturée dans le cadre de la célébration des 70 ans de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, elle allait susciter autant de réprimandes? Depuis le 10 décembre, plus de 16 000 commentaires sont venus tapisser son mur Facebook.

C’est en fait surtout le message que la cheffe de la diplomatie européenne a écrit qui dérange: «Cette étape a réuni le monde après la plus grande tragédie de l’histoire de l’humanité […]. Partout dans le monde, les pressions s’intensifient contre la liberté d’expression, contre l’espace civique, par des attaques violentes, des disparitions forcées et des régimes d’enregistrement punitifs. Nous poursuivrons nos efforts pour agir et dénoncer le harcèlement et l’intimidation de la société civile.»

Une provocation

Le texte pourrait paraître pacifique. Mais aux yeux des Kosovars, c’est une provocation. A travers une phrase répétée des milliers de fois, ils se permettent d’apostropher la politicienne italienne: «Mais qu’en est-il des droits humains pour le #Kosovo?»

Dix ans après la déclaration d’indépendance de leur pays, les Kosovars sont toujours soumis à un régime strict de visas pour entrer dans un pays de l’UE. En découle un sentiment d’isolement et de privation de droits. «Vous violez les droits de l’homme tant que l’exemption de visa pour les citoyens du Kosovo ne sera pas établie», écrit un internaute. «Il n’y a pas de meilleure méthode pour définir l’hypocrisie», ironise un autre. Alors qu’un troisième compatriote ajoute: «Nous ne sommes pas des sources de problèmes.»

Les conditions nécessaires

Cinq pays de l’Union européenne, dont l’Espagne et la Grèce ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo déclarée le 17 février 2008. La Serbie, de son côté, continue de considérer le Kosovo, dont la population est principalement d’origine albanaise, comme une province rebelle. Et la Russie, alliée de la Serbie, a empêché l’adhésion du petit pays à l’ONU.

En 2016, dans le cadre d’une visite dans les Balkans, Federica Mogherini avait rappelé le devoir du Kosovo de ratifier l’accord avec le Monténégro sur la démarcation des frontières et la nécessité de normaliser les relations entre Belgrade et Pristina. Sans évolution, aucun assouplissement du régime des visas avec l’Union européenne n’allait être accordé.

Briseuse de rêves

Mais au cours du mois de juillet 2018, une rumeur répandait un signe d’espoir. Pristina aurait enfin satisfait à toutes les exigences requises pour la levée des visas et les 1,8 million de Kosovars allaient pouvoir se déplacer librement en Europe. Mais rien. Pas de nouvelles. Les négociations ont beau être ouvertes, rien n’a changé aux yeux des habitants du pays balkanique. Federica Mogherini est alors considérée comme une marchande d’illusions. Une menteuse.

Sur sa page, certains commentaires illustrent cette déception «Tu as brisé les rêves de tous les jeunes sur la liberté du Kosovo sans visas. Honte à toi Pinocchio!» écrit l’un des indignés. D’autres vont plus loin: «Si vous mentez au sujet des visas pour le Kosovo, cela signifie que vous êtes pour les Serbes. Nous ne vous croyons plus. Nous faisons confiance aux Etats-Unis.»

Lire aussi:  Le Kosovo se dote d’une armée et fâche la Serbie

Cet internaute évoque l’initiative du Kosovo, soutenue par les Américains, de se doter d’une armée. Une volonté d’affirmer la souveraineté du pays que la Serbie ne voit pas d’un bon œil. Sur la page privée d’un commentateur, les images des militaires kosovars défilant, vendredi 14 décembre sont publiées. Las, il souligne: «Tout cela seulement à cause de cinq pays.»

Publicité