Il n’y a pas d’équivalent au Kronen Zeitung en Europe, ni même d’ailleurs dans aucun autre Etat démocratique. L’influence du plus grand journal autrichien est massive et redoutée par tous les partis politiques, puisqu’il est lu quotidiennement par plus de 2 millions d’Autrichiens sur une population de 8,7 millions d’habitants. Plus de 30% des lecteurs de journaux chez nos voisins de l’est sont des fidèles du Krone, son petit nom. S’il est indépendant, le Krone n’en agite pas moins depuis des années les thèmes favoris de la droite nationaliste: Bruxelles est sa tête de Turc, les immigrés sont sa cible préférée et les dépenses sociales un de ses chevaux de bataille.

L’extrême droite au pouvoir en Autriche dans un gouvernement de coalition en aurait bien fait l’instrument d’une prise de pouvoir médiatique, comme cela s’est vu en Hongrie sous la houlette du système Orban. C’est ce que révèle une vidéo diffusée ce week-end et qui a précipité la chute du gouvernement. On y voit Heinz-Christian Strache, qui deviendra vice-chancelier de la République, proposer à une pseudo-investisseuse russe une prise de participation qui lui permettrait de faire main basse sur ce journal qui a plus d’un siècle d’histoire. La figure dominante du Parti de la liberté (FPÖ) s’est fait piéger. Ses propos n’en illustrent pas moins l’enjeu des médias pour l’extrême droite européenne. Dès son arrivée au pouvoir, le FPÖ s’en est pris à la télévision publique. Exactement comme en Pologne, les purges en moins.