La saga estivale de Kudelski prend fin. Le patron, idolâtré il y a encore peu, perd aujourd'hui la face. Il donne finalement raison aux analystes financiers. Tout l'été, ces derniers doutaient des promesses faites par le chef d'entreprise vaudois. Ils conseillaient de vendre le titre et ils mettaient en garde les investisseurs contre les prévisions mirobolantes du groupe alors que le secteur technologique souffrait le martyre au niveau mondial. Persuadé d'être plus fort, André Kudelski accusait les analystes de peser mal intentionnellement sur le cours de ses actions en émettant des recommandations négatives sur le titre. Par la même occasion, il dénonçait aussi les pratiques douteuses des fonds spéculatifs, responsables, selon lui, de la décote de la société. Depuis le début de l'année, l'action avait perdu 57%.

Fier, André Kudelski a défendu, jusqu'au bout, bec et ongles, ses prévisions. Incarnant une vision qui consiste à dire que les marchés financiers ne respectent pas les mêmes cycles que ceux d'une entreprise, il a dû baisser les armes. Vaincu dans son bras de fer contre les analystes, il avoue ne pas pouvoir donner suite aux promesses de résultats.

Le vent tourne. Maintenant, c'est lui qui pèse sur la boîte. Les mauvaises langues diront que son ego l'a précipité dans l'abîme, l'empêchant de reconnaître ses erreurs d'appréciation de la situation. D'autres avanceront une lacune du système qui ne lui a pas permis de se rendre compte à temps que les résultats ne seraient, de loin, pas ceux attendus. Plus simplement, l'explication à ce revers peut résider dans un gros contrat espéré qui n'a pas vu le jour.

Toute société peut être confrontée au fait de devoir annoncer un mauvais résultat. Néanmoins, certaines règles de l'art de la communication doivent être respectées afin de ne pas aggraver davantage que nécessaire la situation. André Kudelski l'a appris hier à ses dépens. La chute de l'action a été encore plus brutale. Elle atteint désormais 70%.

La leçon est amère pour l'entrepreneur: on ne peut pas aller contre le marché. Et la sanction est sévère. Près de 11 milliards de francs de capitalisation boursière partent en fumée depuis le record du titre, en octobre 2000.

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