Charivari

Kylie Jenner, l’ambassadrice du «filling»

OPINION. Elles veulent toutes faire comme elle! A l’image de la benjamine du clan Kardashian, les jeunes filles souhaitent remplir leurs lèvres et leurs pommettes. Une «Jennermania» qui angoisse un peu notre chroniqueuse

Kylie Jenner, qui, à 21 ans, est la plus jeune milliardaire de tous les temps, n’a pas recouru à la reconstruction plastique pour transformer le visage, mignon sans plus, qu’elle avait à 16 ans en cette figure de poupée parfaite qu’elle affiche aujourd’hui. Son art, qu’elle confesse sans fard? La science aiguisée du make-up dont elle a fait sa petite (grande) entreprise et le filling, cette technique qui consiste à remplir lèvres et pommettes pour créer un triangle parfait conclu par une bouche XXL.

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Jusque-là, rien de nouveau dans cet article du Times qui raconte la success-story de la benjamine du clan Kardashian. Ce qui est plus surprenant, c’est la manière dont la reine des réseaux sociaux – 129 millions de followers sur Instagram, quand même – a popularisé le filling, au point que cette pratique est aujourd’hui considérée par les teenagers comme un simple accessoire de beauté.

«Pour une jeune fille de 17 ans, désirer un comblement de la lèvre est aussi commun que désirer des bottes de chez Zara», assure dans l’article Sarah Tongue, médecin esthétique basée à Londres. Son célèbre collègue français Jean-Louis Sebagh confirme: «Je reçois régulièrement des jeunes femmes de 18 à 20 ans qui souhaitent des pommettes rehaussées et des lèvres rebondies. Elles viennent avec leur maman et ont déjà créé sur leur iPhone une version du visage qu’elles espèrent, inspiré par celui de Kylie Jenner.»

Un «modèle féministe»

Plus loin dans le reportage, des jeunes filles expliquent qu’elles veulent non seulement ressembler à leur égérie, mais, surtout, gagner en confiance personnelle. La star base d’ailleurs toute sa promo sur cet argument. En reprofilant son visage, il ne s’agit pas de se transformer en objet sexuel, assure la femme d’affaires, qui se considère comme un «modèle féministe». Au contraire, il s’agit de se sentir assez belle et forte pour voler de ses propres ailes.

Diabolique, non? Il y a déjà quelque chose de stupéfiant dans ces visages ultra-maquillés. Un effet clone ou image virtuelle. C’est du reste assez drôle de constater que, tandis que l’industrie du numérique se démène pour créer des personnages virtuels plus vrais que nature, des millions de jeunes femmes se «virtualisent» par ce biais et finissent par toutes se ressembler.

Mais ce qui est plus stupéfiant encore, c’est, de la part de la star, l’art de maquiller en libération une formidable aliénation. Le temps consacré au make-up quotidien, la masse d’argent dépensée par les jeunes femmes pour les cosmétiques et les opérations, la modélisation… l’embrigadement semble évident. Il y a du génie chez Jenner, mais son génie est un tout petit peu glaçant.


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