Le sort du détenu valaisan Bernard Rappaz prend un chemin dramatique, qui mène tout droit à l’abîme. La grève de la faim et le chantage qu’il exerce depuis des années sur la justice qui l’a condamné pour de lourdes infractions aux lois pourraient lui être fatals. C’est pour éviter cette funeste issue que des citoyens se mobilisent et demandent une énième fois à la justice de suspendre l’exécution de sa peine, le temps que le Grand Conseil se détermine sur une demande en grâce. Pour les autorités valaisannes, en particulier pour la magistrate chargée de l’application des peines, l’essence de la loi, qui ne saurait admettre une nouvelle exception après avoir été trompée, fût-ce sous la contrainte d’un suicide volontaire, se heurte aux principes moraux d’une société éclairée qui doit tout faire pour sauver une vie. L’éthique médicale nous invite à tout mettre en œuvre pour empêcher un suicide mais ces mêmes principes proscrivent, non sans de bonnes raisons, l’alimentation forcée d’une personne qui, en pleine possession de ses moyens intellectuels, décide de mettre fin à ses jours. La Cour européenne est plus nuancée mais, en réalité, ne tranche pas de manière absolue. Car aucune autorité judiciaire ne peut admettre qu’un condamné choisisse lui-même, par son comportement ou un chantage délibéré, d’échapper à la sanction. Non seulement la justice créerait un précédent, mais elle ouvrirait aussi la porte à une forme de déni du droit sous l’emprise du chantage élevé en vertu. Bien sûr, la clémence et la grâce font partie de la justice des hommes. La raison nous invite à y recourir chaque fois que cela permet d’éviter une souffrance inutile et de sortir d’une situation où le respect des principes conduit à l’absurde. Nous en sommes proches dans le cas de Bernard Rappaz. La morale nous autorise certes un jugement personnel, mais ce dernier ne saurait dénier le droit à une magistrate de dire en son âme et conscience le droit et la contrainte.

La démocratie a confié au Grand Conseil la compétence d’octroyer la grâce. C’est à lui qu’il appartient de savoir s’il entend s’en saisir dans un délai qui permette d’éviter l’abîme s’il parvient, in fine, à la conviction intime que c’est son devoir souverain.