L'Allemagne n'est jamais là où on l'attend. Même si la première grève des services publics depuis quatorze ans menace de s'étendre à tout le pays, bien que les négociations salariales dans la métallurgie s'annoncent plus dures que jamais, évitons d'annoncer une nouvelle ère de conflits sociaux dans lesquels le gouvernement d'Angela Merkel devrait s'empêtrer.

Car, paradoxalement, rarement le pouvoir politique allemand a été aussi attentif aux voix syndicales que depuis l'arrivée au pouvoir d'une chancelière conservatrice. Ainsi, le ministre allemand de l'Economie, Michael Glos, de l'aile conservatrice bavaroise, s'est-il laissé aller récemment à des propos bien syndicaux: «Pour un bon travail, les salariés doivent percevoir un bon salaire et ainsi pouvoir dépenser.» Le ministre-président de Rhénanie, conservateur lui aussi, ne craignait pas d'ajouter: «C'est un mensonge que de dire que les salaires sont trop élevés.»

C'est presque une incitation à soutenir les revendications des métallurgistes pour une augmentation des salaires de 5%. Que s'est-il passé depuis l'été dernier, quand Angela Merkel faisait campagne pour libérer les entreprises du carcan du droit du travail?

La chancelière a vite tiré les leçons des élections: le coup de semonce des électeurs contre son programme trop libéral, l'avertissement venu des syndicats et de l'aile sociale de la CDU contre son intention de laisser se débrouiller entre eux syndicats et patrons.

Mais, surtout, Angela Merkel a pu prendre la mesure des faiblesses de l'économie allemande. Malgré son titre de championne du monde des exportations, malgré les gains remarquables de productivité, les performances de ses sociétés cotées en Bourse et, récemment, les très bons indices mesurant l'optimisme des entreprises, le pays souffre du manque de consommation intérieure. En cause, le recul de 0,9% des salaires en dix ans, alors que la paie des Britanniques a grimpé de 25%.

D'ailleurs, le magazine The Economist, qui s'extasiait en septembre dernier sur les performances du pays, met le doigt sur les plaies: un système éducatif qui privilégie les enfants de l'élite et «une société divisée dans laquelle s'accroît le fossé entre riches et pauvres». Et puis, dit le magazine, il n'y a pas que les entreprises à avoir besoin de la sécurité d'un plan d'avenir, les hommes aussi.

Angela Merkel, star sur la scène internationale, est désormais priée de dévoiler sa vision de la société allemande.

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