Hillary Clinton le martelait en pleine campagne présidentielle en 2016. Elle ne confierait jamais la valise nucléaire à Donald Trump. Aujourd’hui, le monde doit pourtant s’en accommoder. Dans une posture qui est aussi infantile que dangereuse, le président américain voit dans l’arme nucléaire une manière de restaurer une puissance militaire que les Etats-Unis auraient perdue. Sa manière de démanteler les traités de contrôle des armements durement négociés durant la guerre froide menace cependant la planète entière. L’absence de mécanisme de vérification et de cadre légal clair est la recette parfaite pour instiller une incertitude délétère parmi les puissances nucléaires. Or, rien de tel pour relancer la course à l’arme atomique.

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Les réalistes nous diront que la dissuasion nucléaire, souvent décrite comme l’équilibre de la terreur, est le meilleur gage de stabilité stratégique. Mais l’avènement récent d’armes nucléaires à faible rendement (un tiers de la puissance de la bombe d’Hiroshima) contredit cette thèse. Donald Trump a déjà averti qu’il pourrait en faire un usage limité en cas de cyberattaques contre les Etats-Unis, rendant plus probable un conflit nucléaire. Le développement de missiles hypersoniques tant en Russie qu’en Amérique ajoute à la dangerosité de la situation.

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Aujourd’hui, certaines bombes atomiques sont jusqu’à 3000 fois plus puissantes que celles larguées sur Nagasaki. Malgré cela, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ne sont pas à la hauteur des obligations de désarmement qu’impose le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. C’est pourquoi la société civile, l’opinion publique et plusieurs dizaines d’Etats ont pris les devants.

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L’arme atomique a quelque chose d’absurde. Elle est totalement contraire au droit humanitaire, elle coûte cher et est capable de dévaster l’humanité entière. Ce n’est donc pas faire preuve d’idéalisme naïf que de pousser à son abolition. Le traité d’interdiction adopté à l’ONU à New York en 2017 représente cet espoir, ce retour au bon sens. Après l’approbation du traité par les deux Chambres, le Conseil fédéral doit y répondre favorablement. Au vu de l’engagement humanitaire de la Suisse, le parapluie nucléaire de l’OTAN ne doit plus être un subterfuge facile pour éviter d’assumer sa responsabilité.