Revue de presse

L’accident du roi de la lutte suisse tétanise les médias alémaniques

Matthias Glarner s’est assez grièvement blessé après avoir fait une chute de 12 mètres dans le vide lors d’une séance de photos pour la «Schweizer Illustrierte». C’est «un miracle» qu’il s’en soit sorti. «Grâce à ses muscles», dit notamment le «Blick»

En Suisse alémanique, il est aussi célèbre que Guillaume Tell ou Heidi: Matthias Glarner, le nouveau roi de la lutte suisse sacré l’été dernier lors de la Fête fédérale d’Estavayer-le-Lac – Payerne s’est sévèrement blessé en chutant… depuis le toit d’une télécabine à Hasliberg. Il est tombé de douze mètres dans le vide mardi matin peu après 8h. Le Bernois de 31 ans a été transporté à l’hôpital par un hélicoptère de la Rega. Il souffre de sérieuses lésions au bassin et à une cheville. Il a déjà été opéré, et son état est jugé stable et satisfaisant.

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Mais comment cela a-t-il pu arriver? L’accident a eu lieu lors d’une séance de photos pour la Schweizer Illustrierte (SI), pour un reportage sur le travail effectué par le champion aux remontées mécaniques de Meiringen-Hasliberg (BE). Le magazine des Prominenten assure que toutes les mesures de sécurité avaient été prises pour ce shooting de prestige, visant à monter l’humain derrière le sportif, le travailleur derrière le colosse de 114 kilos. Mais selon Le Nouvelliste, qui relaie la police bernoise, «les causes de l’accident ne sont pas très claires». «Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de la chute.»

Il semblerait que l’accident ait eu lieu après le shooting, dit au Blick le rédacteur en chef de la SI, Stefan Regez. Heur dans le malheur, la prochaine édition «partira comme des petits pains» avec un tel sujet, a-t-on pu entendre mercredi soir dans l’émission Forum de RTS-La Première. Pour son journaliste, «l’accident ultramédiatisé du roi de la lutte Matthias Glarner révèle le clivage entre Romands et Alémaniques, […] à en croire l’engouement médiatique autour de ce drame outre-Sarine».

Saison terminée

D’après 24 heures notamment, la nouvelle a été révélée par l’Aargauer Zeitung, puis confirmée par la police cantonale. Elle accuse «le commerce» et «le fric» qui président, en Suisse alémanique, à la promotion des superstars du sport. Hélas pour le roi, la saison est terminée, puisque ses médecins disent que sa réhabilitation «prendra au moins six mois». Las, bien qu’il n’ait «pas brillé en ce début de saison», il entendait tout de même «tenir son rang lors de trois événements majeurs au cœur de l’été, la Fête cantonale bernoise le 9 juillet à Affoltern, le Brünigschwinget le 30 juillet et la Fête d’Unspunnen à Interlaken le 27 août».

Le Blick a pris le leadership du sujet, avec quatre pages mercredi et encore une ce jeudi. Et l’on trouve pas moins d’une douzaine d’articles publiés depuis quarante-huit heures sur son site internet. Le feuilleton ne semble que commencer, puisque le quotidien zurichois se demande déjà si Glarner «reviendra un jour à la compétition». Fait part du «choc total» de son prédécesseur sur le trône de la lutte suisse, Matthias Sempach. Evoque «l’horreur» des événements, de «triste ironie du destin».

Mais «ses muscles l’ont sauvé», dit-on. Pour de nombreux observateurs, en effet, c’est un miracle que l’homme soit encore en vie: «J’ai eu beaucoup de chance», confesse-t-il à Watson.ch, «et je crois que je fais mieux de ne pas penser à ce qui aurait pu se passer d’autre».

Mais il n’y a pas que la presse avide de faits divers pour exploiter le filon du «roi maudit». Le Tages-Anzeiger, par exemple, en précisant que Glarner est resté «six heures sous les scalpels en salle d’op'», fait part de l’énorme émotion qu’ont suscitée les événements, du personnel de la Rega qui l’a transporté à l’hôpital à celui des remontées mécaniques. Et, plus largement, de celle qui a saisi toute une région, l’Oberland bernois, de tout un canton qui vénère cet homme comme un dieu descendu de l’Olympe pour lui apporter la gloire nationale.

La Berner Zeitung, elle, donne tous les détails de l’intervention chirurgicale qu’a subie le champion à l’Inselspital de Berne. Le médecin chargé du précieux patient dédramatise: «Heureusement, dit-il, ce type de blessures n’est pas trop douloureux» et «il y a de bonnes chances pour qu’il puisse à nouveau pratiquer la lutte, même si l’on n’a jamais de garantie absolue dans de tels cas.»

Sous l’affectueux mot-clé Mätthels Unfall», la Jungfrau Zeitung évoque également longuement les suites physiologiques que pourrait entraîner l’accident. Un médecin y parle en détail des os touchés et juge aussi qu’il faudra «une année» au roi «pour s’en remettre». Lui aussi respire en pensant que «la chute aurait pu être mortelle».

Pas le moindre message de sympathie ne figure par contre sur le mur Facebook du champion, ce qui montre la très faible corrélation que l’on peut observer entre l’univers un brin archaïque qu’il représente et ce réseau social où il parlait justement, le 7 juin dernier, d’un autre shooting, réalisé pour un fromage de montagne vendu dans un des deux géants orange du pays. Avouant, après un cordial «Hallo zämä…», qu’il prenait beaucoup de plaisir à ce genre d’activités.

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