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Heinz-Christian Strache, du Parti autrichien de la liberté (FPÖ), est le nouveau vice-chancelier, et Sebastian Kurz, du Parti du peuple autrichien (ÖVP), est le nouveau chancelier. Vienne, 16 décembre 2017.
© LEONHARD FOEGER / Reuters

éditorial

L’accommodement à l’extrême droite

ÉDITORIAL. Le nouveau gouvernement autrichien de Sebastian Kurz, qui inclut six ministres du FPÖ, fait un pari risqué pour la démocratie

En l’an 2000, lorsque le FPÖ (Parti de la liberté) accédait au pouvoir en tant que partenaire minoritaire du gouvernement autrichien, l’Europe sanctionnait le retour de l’extrême droite à la tête d’un pays ayant soutenu le nazisme jusqu’à sa chute, 55 ans plus tôt. Ce parti pangermaniste, nostalgique de l’ordre hitlérien, était ostracisé, jugé incompatible avec l’Union en construction et ses valeurs. Une ligne rouge avait été franchie.

Dix-sept ans plus tard, le même parti revient au pouvoir, à nouveau dans une coalition, mais il est désormais en position de force. Et plus personne en Europe ne songe à sanctionner, ne serait-ce que symboliquement, Vienne. Les hommes du FPÖ – félicités par toutes les formations d’extrême droite d’Europe, ainsi que le parti de Poutine –, se sont pourtant assuré la mainmise des leviers sécuritaires du pays. Herbert Kickl, l’idéologue du parti, tiendra ainsi les rênes du Ministère de l’intérieur avec un objectif: reprendre le contrôle des frontières et combattre l’islam.

Lire aussi: En Autriche, un nouveau gouvernement très à droite

L’exemple suisse est-il valable?

En Autriche, l’extrême droite gouverne. C’est la première leçon du nouveau gouvernement qui entre en fonction ce lundi à Vienne. Elle pose la question centrale de la politique européenne de ces prochaines années: celle de l’accommodement de la droite classique aux thèses du national-populisme. Sebastian Kurz, le chancelier qui a permis à son parti conservateur, l’ÖVP, de remporter les législatives, fait le pari d’embrasser nombre des thèses du FPÖ pour mieux le neutraliser.

Peut-être réussira-t-il. Les Autrichiens, FPÖ en tête, ne prennent-ils pas la Suisse en exemple? Les populistes veulent introduire la démocratie directe. Et l’UDC blochérienne n’a-t-elle pas fait la démonstration que le national-populisme était soluble dans la démocratie? Sebastian Kurz peut se targuer d’avoir sauvé l’essentiel en écartant, dans l’immédiat, un référendum sur l’Europe, un domaine de compétence qu’il se réserve.

Les Pays-Bas et la France suivent

Mais combien de temps le chancelier de 31 ans résistera-t-il aux pressions d’un partenaire qui ne compte pas en rester là? Quant aux instruments de la démocratie directe, ils ont été conçus en Suisse pour mieux défendre la voix des minorités dans un souci d’équilibre entre communautés linguistiques et religieuses. La lecture qu’en font les extrêmes droites européennes est inverse: le référendum est l’outil qui doit permettre à la majorité, considérée comme le «peuple vrai», d’imposer ses vues aux minorités, sans être bridée par une conception libérale de l’Etat de droit.

Lire aussi: En Autriche, l’irrésistible ascension de Sebastian Kurz

L’Autriche inaugure une expérience dont l’issue sera scrutée par toutes les droites classiques du continent. Aux Pays-Bas, cette droite a barré la route à Geert Wilders en s’appropriant en grande partie ses idées. En France, Les Républicains espèrent renaître en s’alignant sur la politique du Front national. Ce pari de l’accommodement – dont rien n’indique qu’il tiendra en échec l’extrême droite – met en jeu l’avenir même de nos démocraties.

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