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Sur le perron de l’Elysée, au centre, le maréchal Khalifa Haftar (avec la cravate rouge), qui a conduit la délégation libyenne à Paris, ce mardi.
© Ludovic Marin/AFP

Revue de presse

L’accord de Paris sur la démocratisation en Libye suscite de gros doutes

Les quatre dirigeants qui se disputent le pouvoir depuis sept ans sur les ruines du régime de Kadhafi acceptent que des législatives et une présidentielle se tiennent en décembre prochain. Pari à moitié réussi seulement pour l’Elysée, qui veut une pacification de Tripoli avec le reste du monde

Les quatre responsables libyens réunis à Paris par un président français «une nouvelle fois à la manœuvre» – sous l’égide des Nations unies – se sont engagés ce mardi à travailler ensemble pour que des élections législatives et présidentielle se tiennent le 10 décembre 2018 sur une base constitutionnelle régulière, selon une déclaration lue à l’issue de la conférence. C’est une avancée diplomatique importante dans la mesure où, à Tripoli et dans l’est du pays, des autorités rivales se disputent le pouvoir dans le chaos indescriptible qui règne depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011.

Lire aussi: Les récents articles du «Temps» sur la Libye

Il s’agit d’un «document en huit points, explique la RTS, fruit de longues discussions entre les différentes parties jusqu’à la dernière minute, […] en présence d’une vingtaine de pays et de quatre organisations internationales». Formellement, celui-ci «a été approuvé et non signé comme initialement envisagé» par l’«officiel» premier ministre libyen Fayez el-Sarraj; l’homme fort de l’est du pays le maréchal Khalifa Haftar; le président de la chambre des représentants Aguila Salah Issa; et – le moins connu de tous – le président du Conseil d’Etat Khaled al Mishri, dont le Libya Observer brosse le portrait.

Ces quatre dirigeants s’engagent à «accepter les résultats des élections et à veiller à ce qu’un financement approprié et que des dispositions solides en matière de sécurité soient mises en place». Il faut donc au préalable mettre progressivement fin à l’existence d’un gouvernement qui a tout du fantôme «et des institutions parallèles», ainsi que lancer des travaux en vue de l’unification de la banque centrale de Libye. Vision ambitieuse, dont il est d’ailleurs intéressant de constater que le Libya Herald, prudent, ne touche encore pas un mot sur son site internet, comme beaucoup d’autres médias dans ce pays où la presse est passablement muselée.

Mais il y a aussi des intérêts majeurs pour l’Union européenne dans cette affaire: que la terreur cesse de régner en Libye, que son industrie pétrolière fasse un retour «à la régulière» sur les marchés et que les migrants africains qui y transitent le plus souvent avant d’aller se noyer en Méditerranée ou d’«envahir» le sud de l’Europe cessent de poser les problèmes que l’on sait sur le Vieux Continent. Vaste programme, un vrai «pari» pour le président français qui tenait aussi là le rôle d’un leader de l’UE. Mais avec des «failles» et des «zones d’ombre [qui] en affaiblissent la portée», redoute L’Express, et des précédents peu glorieux pour la France, comme toutes les relations «bilatérales» Paris-Tripoli qui ont entaché la présidence Sarkozy.

Ce magazine n’est pas le seul à exprimer ses doutes. Tout comme un éditorialiste du Pays de Ouagadougou pour lequel «il manque une volonté sincère d’aller vers la paix», dans l’émission Forum (à écouter ci-dessous), Maurine Mercier, de retour de Libye, est aussi apparue très sceptique sur ces nouvelles, en parlant d’une «désillusion des Libyens face à l’accord». Ils «rêvent, certes, de voter, dit-elle, mais ils redoutent un nouveau cycle de violences, comme celui qui avait accompagné les «premières élections libres». Qui respecterait les résultats d’un tel scrutin? Personne, malheureusement», pense la population, alors que la communauté internationale craint, elle, le retour de Saïf al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, «qui aurait toutes ses chances en décembre» – il est d’ailleurs déjà candidat à la présidentielle, explique Radio France internationale.

Comme le résument bien l’article et le reportage filmé de TV5Monde, «d’impulsion française, la rencontre de l’Elysée se dit historique, mais c’est aux Libyens de réaliser l’impossible». Le Figaro rappelle aussi utilement que «pour l’heure, la Libye n’a pas de Constitution formellement approuvée» et qu’il paraît donc difficile de convoquer des élections «sans cadre juridique». Ces scrutins nécessiteront aussi «que la situation sécuritaire s’améliore dans un pays frappé régulièrement par des attentats, et qui est même soumis actuellement à des combats autour de la ville de Derna, dans l’ouest. Les avancées consacrées à Paris sont certes notables, mais la route vers une Libye démocratique risque de prendre un peu plus de temps que les six mois prévus.»

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