Conférence de conciliation

L’accueil de jour, entre mots d’excuses et incohérences de la droite

L’accueil de la petite enfance est au centre des programmes électoraux de nombreux partis. Pourtant, lorsqu’il s’agit de concrétiser le développement des crèches et des garderies, de nombreux élus sont aux abonnés absents

Un débat important pour les familles a occupé le Conseil national la semaine dernière: les tarifs des crèches et garderies. L’idée du Conseil fédéral est simple: pour soutenir la conciliation, il faut diminuer les frais de garde à la charge des parents avec un crédit incitatif de 100 millions. Chez nous, 13 à 20% du revenu sont consacrés à ces frais alors qu’en France, ou en Allemagne, cette part est de 4 à 6%. La conséquence est connue. Beaucoup de femmes renoncent à travailler, car à quoi bon le faire si finalement le revenu obtenu ne sert qu’à payer les heures de garde?

Un franc en rapporte 2 à 5

On sait aussi qu’en 2025, 500 000 personnes qualifiées viendront à manquer sur notre marché du travail alors même qu’aujourd’hui 300 000 femmes formées sont découragées de l’intégrer pour les raisons évoquées. Et qu’un franc investi dans les structures d’accueil en rapporte 2 à 5 aux collectivités publiques. Vous en conviendrez, la conclusion est d’une simplicité biblique: voter ce crédit de 100 millions!

Mais voilà, nous sommes à Berne, au Parlement fédéral, c’est-à-dire, pour certains, bien loin des électeurs et des promesses électorales. Là où l’on peut brandir les pires excuses pour refuser un crédit qui représente 0,3‰ des dépenses de la Confédération. Pour la majorité de droite, il y a les classiques qui s’appliquent indifféremment à tous les dossiers, comme l’ultraorthodoxe financière qui veut qu’un sou non dépensé vaille toujours mieux qu’un franc bien investi.

Loupé, l’argument fédéraliste

Mais ici, certains collègues ont osé plus original. On en a ainsi entendu plusieurs plaider la défense du fédéralisme. Mais oui, vous le savez, l’accueil extra-familial est du ressort des cantons et non de la Confédération. Loupé, l’article 116 alinéa 1 de la Constitution lui donne précisément la compétence de soutenir des mesures en faveur des familles. Et la Confédération finance avec succès depuis des années l’ouverture de nouvelles structures par le biais de l’aide au démarrage.

En 2017, alors que le Conseil fédéral et la plupart des partis ne cessent de répéter qu’il est nécessaire d’améliorer l’embauche de la main-d’œuvre indigène (nouvelle manière polie de désigner les femmes qui aimeraient travailler plus), il a donc fallu se battre pied à pied pour obtenir de justesse une majorité de voix pour ce crédit. Il reste encore du chemin à parcourir pour la politique familiale, des slogans fièrement inscrits sur les affiches de campagne aux votes concrets des élus.

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