Revue de presse

Lâché par la France, Carlos Ghosn n’en finit plus de chuter

Actionnaire de Renault, l’Etat français cherche un successeur au grand patron déchu, toujours incarcéré au Japon. L’actuel patron de Michelin, Jean-Dominique Senard, semble plaire à tout le monde pour remplacer celui contre qui les accusations augmentent de jour en jour

L’Etat français, par la voix du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, sur la chaîne LCI, a donc officiellement lâché le PDG de Renault Carlos Ghosn mercredi, deux mois après son arrestation. Il a demandé la nomination d’un successeur dans les prochains jours pour prendre la tête du constructeur automobile, dont la République est le premier actionnaire, avec 15,01% du capital.

Détenu au Japon depuis le 19 novembre pour abus de confiance et malversations financières, le tycoon va ainsi perdre son dernier titre, puisque Nissan et Mitsubishi l’ont déjà révoqué du poste de président du conseil d’administration dès la fin du mois de novembre. Il est privé de liberté jusqu’au 10 mars au moins, sauf si l’appel déposé ce jeudi n’inverse la décision de première instance, ce à quoi plus personne ne croit.


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Plusieurs représentants du gouvernement français étaient d’ailleurs à Tokyo mercredi «pour une série de rencontres avec les différents protagonistes du dossier Renault-Nissan, en vue de préparer l’après-Carlos Ghosn», avait indiqué Bercy mardi soir, confirmant une information du FigaroParticipaient notamment à ce voyage Martin Vial, directeur général de l’Agence des participations de l’Etat (APE), et Emmanuel Moulin, directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des Finances.

Selon Le Parisien, «le gouvernement, qui temporisait en début de semaine en réitérant sa confiance à la gouvernance provisoire de Thierry Bolloré et Philippe Lagayette, est donc bien conscient que Carlos Ghosn n’est plus en capacité de diriger l’entreprise qui emploie 54 000 personnes en France». Et parmi les noms qui circulent «pour prendre la tête de la marque au losange» figurent ceux de «Jean-Dominique Senard (photo), 66 ans, actuel patron de Michelin qui passera la main au printemps, et Didier Leroy, 60 ans, ancien de Renault et numéro deux de Toyota». «Le ch’ti de Toyota», comme le qualifiaient Les Echos il y a une année.

Pour RTL, le calendrier s’accélère donc, «avec un objectif: que la sortie de Carlos Ghosn soit validée avant la fin de cette semaine. Il faut maintenant trouver un «pape de transition» […] qui soit adoubé par les Japonais.» Senard leur plaît «car il a une stature mondiale, présent avec Bibendum en Asie, aux Etats-Unis, ou encore en Inde. Il plaît aussi en interne au groupe Renault et notamment à l’actuel numéro 2, Thierry Bolloré, qui vient de Michelin.»

Et puis, poursuit RTL, «il plaît à l’Etat»: «Il a notamment été missionné par Emmanuel Macron, il y a quelques mois, pour un rapport sur le rôle social de l’entreprise. Jean-Dominique Senard finit son mandat à la tête de Michelin dans deux mois environ. Pour cela, il devrait y avoir un conseil des nominations qui se réunit chez Renault, samedi, pour arrêter la liste des prétendants. Puis un conseil d’administration, dimanche, qui pourrait entériner la nomination d’un président non exécutif à la tête de Renault.»

Autrement dit: la coupe était pleine. Il faut d’ailleurs peut-être mettre ce nouvel épisode de l’affaire en relation avec des révélations toutes «plus extravagantes les unes que les autres sur les pratiques de Carlos Ghosn à la tête de l’empire Renault-Nissan [qui] continuent de fleurir», à en croire L’Express: «Passer son temps dans les avions du groupe, voler d’un rendez-vous à l’autre avec les plus hautes autorités de la planète a-t-il fini par faire tourner la tête du plus puissant patron du secteur automobile dans le monde?»

Des proches si choyés

Aux yeux du Monde, «il ne se passe pas un jour sans fuites de l’enquête interne de Nissan, accablantes pour celui qui a remis le groupe sur pied. Ces éléments sont distillés petit à petit, en parallèle de l’enquête du parquet japonais», et aussi racontés par Les Echos dans un article édifiant, «Comment Carlos Ghosn choyait ses proches aux frais de Nissan».

Parmi ces accusations, «le versement de rémunérations à Claudine Oliveira, l’une de ses sœurs, pour des activités de conseil d’un montant de 755 000 dollars de 2003 à 2016. Dans une lettre en date de mars 2003 ne mentionnant pas leur lien de parenté, le PDG de l’alliance Renault-Nissan l’informe de son nouveau titre de «conseillère» au sein d’un global donation advisory council qui, selon une source proche du constructeur, n’a jamais existé.»

Le site Challenges.fr précise enfin que «la position de la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, qui avait réclamé mardi dernier le respect de la présomption d’innocence de Carlos Ghosn, est aujourd’hui difficilement tenable au vu des accusations distillées savamment dans la presse japonaise. Il y a des «questions que le conseil de Renault aurait dû se poser» il y a longtemps déjà.

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