Revue de presse

Lâché de toutes parts, le premier ministre belge a préféré renoncer

Charles Michel, à la tête d’une coalition minoritaire depuis une dizaine de jours à Bruxelles, a annoncé sa démission mardi soir. Après trois semaines passées «en absurdie», la Belgique se retrouve «dans les patates»

Il y a dix jours, avant même que ne débute la réunion internationale à Marrakech avant la signature du Pacte mondial sur les migrations (PMM) et à l’issue d’une journée forte en rebondissements, le parti nationaliste flamand N-VA avait claqué la porte du gouvernement fédéral belge à cause d’un désaccord touchant précisément au PMM. Un départ qui avait laissé Charles Michel «à la tête d’un gouvernement de centre droit désormais minoritaire, à cinq mois des prochaines élections législatives», expliquait Courrier international. Puis, à gros bouillons, la friteuse a débordé: menacé par une motion de défiance déposée par la gauche, le premier ministre a fini par annoncer sa démission au roi des Belges, ce mardi soir.


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Si le monarque tient ce départ «en suspens», la rédaction politique du Soir s’est mobilisée pour «faire vivre» aux internautes «les derniers événements à travers des analyses, décodages et entretiens» à propos du chef de ce gouvernement «lâché de toutes parts», selon l’expression utilisée par Reveil.CourrierInternational.com ce mercredi matin. Tout comme Le Vif, le quotidien de Bruxelles livre une revue de presse sur son site internet, à commencer par un extrait de son propre éditorial, intitulé «Game over»: «Quel désastre pour la politique. […] Après trois semaines en absurdie, […] la Belgique se retrouve dans une situation irresponsable.»

Plus grave, «à l’heure où l’on pointe la grave déconnexion entre les citoyens et les élites, politiques notamment, à l’heure où les sociétés sont profondément inquiètes, à l’heure où les extrêmes font vaciller nombre de démocraties en Europe, les partis politiques belges étaient donc occupés à gérer leur nombril, leur image et leur court terme. […] Mais qui peut croire encore ces gens? La politique est affaire de tactique, mais elle est d’abord et avant tout affaire d’éthique. Et cela a été cruellement oublié.» Alors, «cette fois, le gouvernement Michel a explosé: le premier ministre a jeté l’éponge!» s’exclame SudInfo.

Il faut dire que «le budget 2019 avait peu de chance de passer», analyse la correspondante à Bruxelles du Figaro. «La N-VA avait posé ses conditions, refusées par le premier ministre belge. Les nationalistes flamands souhaitaient voir le gouvernement rouvrir des discussions constitutionnelles sur le pouvoir des communautés. Charles Michel a tenté de convaincre l’opposition qui avait fait bloc avec lui sur le pacte de l’ONU deux semaines plus tôt. En vain.»

L’Avenir explique, lui, que «le miracle de Noël n’a pas eu lieu. […] Les partis d’opposition voulaient leur trophée de chasse et n’ont pas accepté la main tendue par le premier ministre, regrettaient, hier soir, les libéraux francophones. A moins que ce ne soit ici le dénouement logique, le prix à payer pour s’être fourvoyé, pendant toutes ces années, avec un parti nationaliste qui n’a pas cessé de flirter avec les thèses de l’extrême droite.»

Alors, cela signifie-t-il que les Belges vont «devoir retourner aux urnes dans 40 jours?» s’interroge la RTBF. «Pas nécessairement, puisque la décision d’organiser des élections anticipées relève de la responsabilité du gouvernement et donc de Charles Michel.» Le Soir renchérit: pour lui, c’est «peu probable», même si «tout le monde s’est mis en mode électoral».

«Fine tactique»

Pour L’Echo, «Charles Michel aura tout essayé. Jusqu’à la caricature du surréalisme à la belge. Mais en politique, le surréalisme ne plaît pas. Faire de la politique, conquérir le pouvoir et l’exercer, c’est organiser et gérer les affaires publiques, c’est gouverner. Et gouverner, c’est être en mesure de prévoir.» Et d’expliquer qu’«en choisissant finalement la case Palais royal, plutôt que de subir le vote d’une motion de méfiance déposée par des députés sceptiques face à sa bonne volonté» et de devoir subir une «claque magistrale», il «n’a pas nécessairement fait preuve de courage politique. Mais de tactique. Fine.»

Pour La Capitale, «c’est la crise!» et «ce qui saute aux yeux, désormais, c’est cette furieuse envie de l’opinion publique de se passer des pouvoirs classiques et de pouvoir écrire elle-même sa propre histoire». Le débat rappelle furieusement celui qui agite actuellement la France, mais en Belgique, «le petit ballet convenu autour du Palais royal» a «pris un fameux coup de vieux, comme ringardisé par les «gilets jaunes», les marches pour le climat et autres formes de mobilisation populaire».

Mais encore? Encore des aspirations à une forme d’«helvétisation» de la politique: «Si notre pouvoir démocratique veut renouer avec sa légitimité, il doit impérativement s’ouvrir à ces nouvelles formes de démocratie directe et participative: votations, comités citoyens, référendums, consultations régulières. Si cette petite crise en chambre aura permis à nos gouvernants d’ouvrir les yeux et de réinventer notre système démocratique, elle n’aura, pour une fois, pas été vaine», espère La Capitale.

Les citoyens mériteraient donc mieux, aux yeux de La Libre Belgique. «We zijn (nog) in de pataten…» titre-t-elle en flamand. «L’ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene n’avait pas son pareil pour décrire une négociation difficile, un blocage, une démission: «Wij zijn in de pataten.» Pas besoin de traduction. Nous y sommes à nouveau. […] Privé du renfort nationaliste, le premier ministre a tendu la main à l’opposition, qui l’a refusée. […] La période qui s’ouvre ne va pas être simple à gérer. Il est probable que la Belgique soit condamnée à vivre pendant un certain temps en affaires courantes.»

Elle en a d’ailleurs l’habitude, puisqu’elle l’a déjà fait récemment à deux reprises, privée de gouvernement du 26 avril 2010 au 6 décembre 2011 et du 6 mai au 11 octobre 2014. Et c’est avec une certaine fatalité que le quotidien flamand De Morgen voit se profiler, une fois encore, «une longue et sombre période d’instabilité institutionnelle avec des gouvernements paralysés». Pourtant, ce ne serait pas au «chaos politique» que l’on assiste, selon La Libre, mais «plutôt [à] une sorte de coma». Et les citoyens, eux, «assistent une fois encore médusés, à ce triste spectacle d’un monde politique qui éprouve bien du mal à placer les intérêts des citoyens au-dessus des petits jeux politiciens. Quel gâchis.»

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