«Paul est un homme bien qui a du cœur», a dit George W. Bush en annonçant le choix de Paul Wolfowitz pour accéder à la présidence de la Banque mondiale. Le président américain n'a pas entièrement tort. Wolfowitz a en effet du cœur à revendre quand il s'agit de mener des entreprises aussi radicalement ambitieuses que celle consistant à démembrer le droit international en piétinant ses principes élémentaires.

Cerveau de la meurtrière opération irakienne, le numéro deux du Pentagone n'a presque aucune expérience pratique du développement, mais ce n'est pas un handicap suffisant aux yeux de la Maison-Blanche. La promotion de Wolfowitz intervient quelques jours après celle de John Bolton, nommé ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies. Bolton est bien connu du personnel onusien. Pas pour ses compétences de diplomate (l'homme n'a aucune diplomatie), mais pour avoir exigé à plusieurs reprises l'abolition de l'institution!

Bush place ainsi deux unilatéralistes convaincus au cœur du système international multilatéral. Plus qu'une provocation, c'est une agression de plus contre la communauté internationale, la preuve que les «néo-cons» qui mènent la danse à Washington sont en train de se réveiller. Ils sont, on l'a dit, à l'origine de la lamentable aventure irakienne. Ils s'étaient faits discrets ces derniers temps: parce que les choses tournaient mal à Bagdad, et parce qu'il fallait faire réélire Bush. Reconduit pour quatre ans, celui-ci ressort les faucons de sa poche et ouvre les grilles de la volière. Et que les rapaces poursuivent maintenant, de l'intérieur, la destruction méthodique de ces enceintes internationales que l'Amérique actuelle déteste tant.

Les Européens, et tous ceux qui entrevoyaient dans les derniers événements («ouvertures» démocratiques au Moyen-Orient) le début d'une vérité bushienne en seront pour leurs frais: non, Bush n'a pas changé; non, on ne s'était pas trompé sur lui; non, il n'y a pas d'examen de conscience à faire sur les critiques formulées dans le passé à l'encontre de cette administration américaine pour qui un bon allié est un partenaire qui se couche.

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