La démarche du groupe parlementaire des Verts suisses visant à dénoncer à la justice une violation de la norme pénale contre le racisme dont se serait rendu coupable l'éditorialiste alémanique Frank A. Meyer dans les colonnes du SonntagsBlick est inédite. Il faut espérer qu'elle restera sans lendemain. Elle relève d'une conception du débat public surprenante de la part d'un parti politique.

On peut comprendre que les membres d'une communauté, ou les organisations susceptibles de les défendre, se tournent vers les tribunaux pour demander l'application d'une disposition dont le but, rappelons-le, n'est que de réprimer les atteintes d'une gravité toute particulière.

Utilisée par un parti politique contre des affirmations dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne tombent pas de manière évidente sous le coup de la loi, cette procédure relève, de la part des Verts, de l'activisme pur. L'arme lourde de la justice pénale ne devrait être utilisée qu'avec la plus grande circonspection lorsqu'elle est de nature à entraver le débat démocratique et l'expression d'idées même dérangeantes ou choquantes, pour reprendre une expression heureuse forgée par les juges de Strasbourg. Un parti politique ne devrait envisager de déplacer son combat sur le terrain judiciaire qu'en cas de nécessité absolue.

Les Verts ont fait preuve, en l'occurrence, d'une immense légèreté qui n'aurait pas mérité beaucoup d'attention si elle n'était le fait d'une formation politique d'envergure nationale, représentée aussi bien dans les exécutifs et les législatifs cantonaux qu'au parlement fédéral. En saisissant la justice, les auteurs de cette dénonciation alimentent les malentendus qui brouillent toujours davantage le message de la loi. Limitée à des cas bien définis faisant l'objet d'un consensus suffisant, l'application de cette disposition résistera aux attaques dont elle est l'objet. Au-delà, elle apparaîtra, et pas forcément à tort, sous les traits détestables du politiquement correct.

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