Fin mars, Le Temps publiait une enquête faisant état du retard colossal de la Suisse en matière de numérisation. Si le sujet fait l’objet de deux bonnes pages, c’est que les habitantes et habitants de notre pays ont découvert, à chacune des étapes de la crise sanitaire, une Suisse comme prise au dépourvu: communication confuse et parfois d’un autre âge, contact tracing insuffisant et défaillant, campagne de vaccination qui démarre au ralenti. Le gouvernement qui bénéficie de la plus haute confiance de sa population parmi tous les pays de l’OCDE et dont on pourrait légitimement attendre qu’il protège cette dernière efficacement lui a, à divers égards, fait défaut. Un secteur public qui n’est plus en phase avec les possibilités et les besoins de notre temps n’est pas le seul responsable de ces multiples défaillances. Mais une fois la population vaccinée et les commentaires haineux sur le compte Twitter de l’OFSP dissipés, il est fort probable que notre administration, avec ses importantes lacunes en matière de numérisation, redevienne cette entité abstraite et discrète d’avant-pandémie, dans laquelle on rechigne à investir et qu’on refuse de renouveler réellement. Cela serait une grave erreur.

L’angoisse de l’erreur et du faux pas

Notre administration publique, dans son état actuel, n’est pas faite pour opérer dans un environnement complexe – et le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui l’est résolument. L’information, parfois inutilement réservée à une partie de la hiérarchie, y circule souvent mal, et ce, particulièrement entre les silos des différents départements. Il y règne une angoisse de l’erreur et du faux pas qui maintient même les cadres supérieurs dans une stupéfiante logique de «business as usual», et ce, au milieu de la pire crise qu’ait connue le pays depuis des décennies. Le personnel administratif – épuisé et constamment sous pression – n’a vu ses rangs renforcés que de manière symbolique au vu de la tâche demandée. Les collaborations avec le secteur privé et la société civile restent lentes, empêtrées dans le formalisme et frustrantes.