«Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort!» résume Gala. Vous vous souvenez, évidemment, de ce fameux travesti autrichien à barbe! Conchita Wurst, qui avait remporté le concours Eurovision de la chanson au mois de mai dernier. Avec cette prestation:

Eh bien, cela ne s’arrêtera pas à ce triomphe délirant! Car notre ami(e) a fait ses premiers pas jeudi soir sur la scène du Crazy Horse, à Paris, dont elle sera la guest star le temps d’une résidence, du 9 au 15 novembre. C’est une première pour un travesti. Pensez donc: dans le temple international du nu féminin chic depuis1951! Au cœur du royaume de la poitrine ferme et de la cuisse galbée! Mais en fait, elle est partout, Conchita, car elle se produira ce lundi 3 novembre au siège viennois de l’ONU, si l’on en croit, entre autres, 20 Minutes. Elle et le secrétaire général de l’organisation, Ban Ki-moon, «feront chacun un discours pour promouvoir la tolérance et les droits des homosexuels».

«La voix européenne», expliquait Le Figaro le 8 octobre dernier: «C’est le statut acquis par Conchita Wurst […], à en croire l’affiche de son concert sur l’esplanade du Parlement européen. Des eurodéputés ont effectivement invité le chanteur autrichien à venir se produire» à Bruxelles. «L’artiste travesti est un véritable symbole de la lutte contre l’homophobie», c’est ce qui justifie l’événement aux yeux de la vice-présidente du Parlement, l’Autrichienne Ulrike Lunacek: «Le formidable signal d’espoir et d’anti-discrimination que le peuple européen a donné à Conchita Wurst avec ses votes doit permettre de forger une société et un cadre légal permettant à chacun de vivre et d’aimer sans aucune crainte.»

Entourée de stars

On en saura sans doute davantage chez Michel Drucker ce 2 novembre dans Vivement dimanche sur France 2 – dont Pure People a exploré les coulisses de l’enregistrement – mais présentée par le Crazy Horse comme «une artiste libre se jouant des conventions avec grâce et humour», à 25 ans, elle succède ainsi comme invitée exceptionnelle à la comédienne et princesse franco-italienne Clotilde Courau, à la performeuse Dita von Teese (2006 et 2009), aux actrices et top models Pamela Anderson (2008) et Noémie Lenoir (2013) ou à la chanteuse Arielle Dombasle (2007). Excusez du peu.

Conchita a d’ores et déjà présenté devant le public et la presse deux des trois tableaux montés spécialement pour elle, dans une mise en scène de la chorégraphe Bianca Li. Et les costumes? Conçus par Jean-Paul Gaultier, ils mêlent «humour et détournements», à l’image de cette «figure majeure et incontournable de la mode, et fan inconditionnel de Conchita Wurst, qu’il a déjà fait défiler lors de la Fashion Week en juillet dernier».

Pour cette aventure inédite, le Crazy Horse a en effet sorti le grand jeu. Outre les deux vedettes précitées, il faut savoir que les chaussures sont signées Christian Louboutin, qui fut lui-même à l’affiche du cabaret parisien en qualité de directeur artistique du spectacle FEU au printemps 2011:

Par ailleurs, une création inédite est designée par Charlie Le Mindu, l’inventeur du concept de haute coiffure. Quant au visuel officiel du spectacle, il est conçu et réalisé par le célèbre duo d’artistes Pierre et Gilles:

Au milieu du show habituel du cabaret, Conchita Wurst, «avec ses yeux de biche, sa longue chevelure et sa barbe courte noire, est apparue bluffante de féminité et de grâce, tout autant que les légendes danseuses du Crazy», nous dit-on. Telle une reine sur son trône, dans un bustier or et une longue jupe transparente, elle a réinterprété «Rise like a Phoenix», la chanson qui lui a permis de triompher à Copenhague. A ses pieds, six danseuses du Crazy, nues et dans des poses langoureuses, arboraient elles aussi la même barbe en postiche, déclenchant l’étonnement et, parfois, les rires des spectateurs.

«Ma singularité est d’être la première lady spéciale du Crazy. J’ai saupoudré un peu de mon esprit sur le show. Peut-être des spectateurs préféreraient que je ne sois pas là…» a confié à l’AFP Conchita Wurst, ravie d’incarner «une femme d’un autre genre». «Dans mon monde, l’orientation sexuelle, la couleur de peau ou la religion ne sont pas des choses importantes.»

«Nous aimons la différence»

Andrée Deissenberg, la directrice générale de la création, du développement et de la marque «Crazy Horse», explique: «Conchita montre que les voies de la féminité sont multiples. Elle est une femme portant une barbe, avec les attributs de la virilité, mais aussi d’une grande féminité. En l’invitant, le Crazy s’inscrit parfaitement dans sa propre histoire et s’associe à une prise de parole artistique. Au Crazy, temple de la féminité assumée, nous aimons la différence.»

Et pour Conchita, «Paris est la cité de l’amour, synonyme de sensualité et de femmes d’exception. Le Crazy Horse représente l’ensemble de ces valeurs; je suis ravie d’y incarner la femme sublimée et sensuelle et d’avoir l’opportunité de vivre une aventure si glamour et formidable, dit-elle. Me présenter sur cette scène est un rêve qui devient réalité. Le Crazy est iconique et une référence artistique absolue dans le monde entier. Je suis très fière d’être la première «femme d’un autre genre» à avoir été invitée dans ce lieu prestigieux.»

Conquérir l’Amérique…

«Hello!… La voix est aussi haut perchée que les talons», décrit Paris Match. «La mise en plis ressemble à celle de Joan Collins dans Dynasty, mais c’est une perruque. La barbe, elle, est authentique.» Le magazine était présent lorsque Conchita venait de terminer la séance photos pour illustrer le spectacle: «Miss Wurst savoure son succès, on la croirait dans un magasin de sucreries avec autorisation de tout prendre»: elle prépare un disque, #ConchitaHEROES (sortie le samedi 8 novembre), un livre, une tournée. Et «pense à l’après, ­espère durer. […] Elle veut conquérir son eldorado, l’Amérique.»

«Elle a le khôl vif, ­l’humour rapide, de l’auto­dérision. […] Conchita soulève un cil immense, explique qu’elle se produira un jour à Moscou: «Je rencontrerai Poutine. Je pense qu’il est mignon, je serai respectueuse.» En attendant le bisou à Vladimir, sa mission est délicate: «Je connais l’image de l’Eurovision. Aujourd’hui, ce n’est pas cool d’écouter Conchita Wurst. Je dois œuvrer à devenir cool.» Ainsi Conchita ne serait pas un épiphénomène, mais un phénomène épique.» Jolie formule. Le Kremlin n’a qu’à bien se tenir…

«L’excentrique au service du normal»

L’inénarrable Sébastien Tellier, sur le site Non Stop People, qui avait participé à l’Eurosong en 2008 et s’était classé 19e sur 25, raconte comment, selon lui, le talent explosif de Conchita a conquis les foules: «C’est la populace qui regarde l’Eurovision, donc c’est pas des pointus de la musique», dit-il. Ça, merci, on le savait. Mais «ce qui est très bizarre», ajoute-t-il, c’est «que la populace aime ce que moi j’aime aussi: l’excentrique au service du normal. Et moi, je me suis souvent vu comme ça, je suis un barbu avec des cheveux longs et des lunettes de soleil, on a l’impression que je dis n’importe quoi. Pourtant, tout ça c’est au service de ma vision de la normalité. Et voir ce transsexuel, cet homme-femme barbu à cheveux longs gagner l’Eurovision et chanter une chanson plus que normale, archibanale et prémâchée, eh bien ça, les gens, ils aiment.»

Vraiment? Tellier oublie une chose: Thomas Neuwirth – du vrai nom de celui dont la devise est «About tolerance» – est aussi et surtout une apôtre: celle de la tolérance, oui. Car comme elle le dit elle-même, la question des choix dans la sexualité, «cela concerne l’être humain, pas la société».

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