«Nulle trace d’émotion ni de repentir»: la Tribune de Genève (TdG) résume ainsi le scandale du week-end. L’ultime provocation. Fabrice A., meurtrier présumé d’Adeline sa thérapeute, est à peine de retour à Genève (depuis jeudi dernier), qu’on apprend qu’il est parvenu à rentrer en contact avec le SonntagsBlick (SoBli) par un courrier de Pologne, répondant à une demande de témoignage du journal.

Mais plutôt culottée, la réponse: le 18 octobre, depuis la prison de Szczecin où il était incarcéré, il déclare avoir déjà reçu une offre de 1500 francs d’un concurrent médiatique et prie donc l’hebdomadaire zurichois de lui verser la somme de 1600 francs sur son compte de la prison.

«Interrogée, la rédactrice en chef du SoBli, Christine Maier, affirme que son journal n’a à aucun moment versé de l’argent à Fabrice A. – mis à part le timbre de 5 euros pour l’affranchissement de sa réponse. Elle précise que son journal n’a jamais payé pour obtenir des informations et ne le fera jamais», précise la TdG.

«Ignoble pour l’orpheline»

Le quotidien genevois ajoute que la «curatrice du bébé d’Adeline, Me Lorella Bertani, juge la démarche de Fabrice A. ignoble pour l’enfant qui est orpheline. Non seulement il a tué sa mère, mais il refuse de dire la vérité aux seules personnes qui ont le droit de la connaître: les victimes et la justice. Monnayer ce genre d’informations en dit long sur la personnalité de cet individu. Je n’ai pas de mots assez forts pour qualifier cette attitude.»

Car Fabrice A. a aussi écrit à l’attention du SoBli qu’il «garderait tout ce [qu’il avait] à dire (derniers mots d’Adeline, pourquoi la Pologne, comment j’ai préparé mon évasion, etc.)» pour la concurrence. RTS Info précise d’ailleurs qu’une première lettre avait «été interceptée, semble-t-il par les autorités polonaises», mais qu’«une seconde missive, attribuée au meurtrier […], est bien parvenue à l’hebdomadaire. […]. La lettre, rédigée en français et en majuscules», a été publiée par le SoBli. Fabrice A. y évoque notamment le travail d’un de ses psychiatres. Une première information «gratuite», écrit-il.» On croit rêver.

Un thérapeute «incompétent»

Selon lui, l’«incompétence» du thérapeute de la Pâquerette serait à blâmer, résume 20 minutes. Le bourreau d’Adeline «assure avoir berné facilement le système, et notamment le médecin qui s’occupait de lui. «Mon autorisation de sortie s’est appuyée sur son avis favorable! Il n’avait rien repéré de dangereux chez moi», lance-t-il, frondeur. Selon le Franco-Suisse, le thérapeute chercherait maintenant à «se protéger».»

Il est vrai que «l’enquête administrative commanditée par l’Etat genevois ne contredit pas ses dires. Elle les nuance en revanche largement: «Un complément d’expertise s’imposait; le rapport du médecin traitant ne saurait en tenir lieu, d’une part parce que l’alliance thérapeutique rend difficile une appréciation objective, d’autre part parce que ce rapport ne traite pas de la question de la dangerosité.»

«Absolument insupportable»

Mais ce qui choque le plus dans cette affaire est à la une du Matin ce lundi: c’est que Fabrice A. veuille «monnayer son crime». Résultat: «Cette lettre est une façon de générer de nouvelles souffrances pour les proches d’Adeline, explique Me Simon Ntah». […] L’avocat genevois, qui représente le compagnon de la jeune thérapeute dans la procédure pénale, estime quant à lui que ce courrier signé de la main de Fabrice A. est «absolument insupportable». […] Pour lui, il est inconcevable que le prévenu puisse évoquer son crime dans le cadre d’une visite au parloir avec n’importe qui, ainsi que Fabrice A. l’évoque dans sa lettre.»

La vraie question, en effet, c’est: «Fabrice A. peut-il correspondre à sa guise avec les médias?» Elle a été posée dimanche soir dans le Forum radiophonique de RTS Info à Alec Reymond, avocat pénaliste, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats. «La démarche surprend et le contenu de la lettre fait froid dans le dos, dit-il. Il y a peut-être un problème polonais. En Suisse, elle serait censurée. […] Il est évident que les juges seront influencés par elle, mais pas de manière favorable. […] Mais le cynisme du propos ne fait pas encore la malade qu’on interne.» Bref, laissons les juges juger.

«La manière dont il prend sa revanche sur les femmes passe à travers une espèce de chosification de la femme», renchérit, lors du 19.30 télévisuel, le psychiatre Jean-Pierre Walker. Et je crois que vendre ce qu’il reste de ce qu’il a fait est vraiment aller jusqu’au bout de cette espèce de destruction de la personnalité de sa dernière victime.»

Une certaine cohérence dans l’innommable, en quelque sorte.

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