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Le 30 octobre 2014 à Bruxelles, lorsque les relations étaient encore cordiales entre le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (à g.), et le sortant, José Manuel Barroso, lors de la passation de pouvoirs.
© AFP

Revue de presse

L’affaire «Barroso chez Goldman Sachs» sème la pagaille à Bruxelles

L’ancien président de la Commission vient de répondre à son successeur, Jean-Claude Juncker, qui voulait voir son contrat avec la sulfureuse banque américaine. Le tollé médiatique déclenché en juillet dernier se poursuit, de même que sur Twitter

Vilipendé de toutes parts depuis son embauche par la banque américaine Goldman Sachs, l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso est passé ce mardi à la contre-attaque, accusant l’UE de «discriminations». La contre-offensive de l’ancien premier ministre conservateur portugais intervient au lendemain des «clarifications sur ses nouvelles responsabilités et les termes de son contrat de travail» demandées par son successeur, Jean-Claude Juncker.

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L’actuel président a lui-même été critiqué pour ne pas avoir suffisamment pris la mesure du problème éthique posé, «avant d’être mis au pied du mur par la médiatrice européenne, Emily O’Reilly», rappelle Le Figaro. Il n’en a donc «pas fini avec cette affaire qui tombe dans un contexte post-Brexit très tendu». Il «espérait que l’orage […] passe. Bien mal lui en a pris, il se retrouve maintenant obligé de se désavouer en saisissant le comité d’éthique», commente le site Contexte. com: «l’estocade» de l’ombudswoman européenne «a été nette et sans bavure». Il n’y a plus guère que Le Quotidien luxembourgeois pour défendre son compatriote.

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Le recrutement de l’ancien dirigeant européen avait aussi soulevé à la mi-juillet 2016 une vague d’indignation, qui s’était notamment exprimée par des pétitions de citoyens et de fonctionnaires européens, sur Change.org. Le président français, François Hollande, l’avait pour sa part qualifiée de «moralement inacceptable», accusant notamment la banque d’avoir contribué au trucage des comptes publics de la Grèce. Lasse de tant d’ennuis, Bruxelles voudrait ainsi «se débarrasser au plus vite» de la «casserole», écrit Le Monde.

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Et pourtant, selon La Croix, «voilà une affaire qui n’aurait fait aucun bruit il y a quelques années. Qu’un ancien président de la Commission européenne devienne conseiller d’une banque d’affaires américaine serait apparu du dernier banal. Pas forcément de bon goût mais dans les mœurs de l’époque, que l’on s’en réjouisse ou pas. Désormais, l’état d’esprit a changé. […] Comme beaucoup d’autres, José Manuel Barroso aurait dû se dire: plus jamais ça. Pour ne l’avoir pas compris, il se retrouve aujourd’hui objet de la plus grande méfiance et Goldman Sachs avec un conseiller discrédité.» Et d’ajouter: «Tant mieux.»

D’ailleurs, des eurodéputés de plusieurs formations de gauche ont réclamé mardi la saisine de la Cour de justice de l’UE pour savoir si ces nouvelles activités constituaient «une violation des devoirs d’honnêteté et de délicatesse». Pour eux, aucun doute: son recrutement «symbolise une dérive inacceptable, celle du conflit d’intérêts de responsables politiques». Certains sont encore plus sévères:

A l’époque de cet engagement, la Pravda slovaque, citée par Eurotopics, avait écrit qu'«il fut un temps où les politiques employaient leurs vieux jours à rédiger leurs mémoires. A notre époque, ils confient cette tâche à des nègres, préférant pour leur part mettre à profit leur expérience ailleurs. Même des sociaux-démocrates comme Blair ou Schröder n’ont aucun scrupule à brasser de l’argent. Mais Barroso, jadis maoïste convaincu, en a surpris plus d’un en entrant au service d’une banque aussi proche de Wall Street.»

La nouvelle avait fait un tollé au Portugal, problématique développée par le Diario de noticias. «Ce qui se comprend, après les dures années que le pays a dû traverser. […] Quand on voit que l’ex-premier ministre travaille pour une société qui a déclenché la crise de 2008, suite à laquelle les banques privées ont été assainies avec des fonds publics, on est en droit de se demander quels intérêts les politiques servent véritablement.»

Mais on ne pense pas partout la même chose en Europe, et surtout en Grèce, où Naftemporiki, lui, avait salué ce «choix judicieux»: «Il a été président de la Commission pendant une des périodes les plus délicates de l’histoire de la zone euro, alors fortement mise à l’épreuve par la crise de la dette. De nombreux observateurs s’accordent à dire que par son action, Barroso a contribué à sauver l’Union économique et monétaire.» Du point de vue du monde financier, il est donc la personne idéale. «N’oublions pas qu’il n’est pas le premier technocrate bruxellois à franchir le seuil du géant américain de la finance: le président de la BCE, Mario Draghi, avait lui aussi travaillé chez Goldman Sachs avant de s’installer dans la «tour de verre» de Francfort.»

Ni une, ni deux, les «clarifications» demandées n’ont donc pas tardé à arriver, sous la forme d’un courrier adressé à Jean-Claude Juncker (voir le PDF), daté de mardi et que s’est procuré l’Agence France Presse (AFP). Il y affirme avoir respecté toutes les règles. Il souligne qu’il n’a pas été embauché comme lobbyiste, ni comme conseiller sur des questions liées au Brexit, mais pour donner «des conseils liés aux affaires de la banque avec ses clients».

José Manuel Barroso se plaint aussi auprès de son successeur du traitement qui lui est réservé par l’actuelle Commission, dont un porte-parole avait indiqué lundi qu’il serait considéré comme un lobbyiste lambda lors d’éventuelles visites à Bruxelles. «Ces actions sont non seulement discriminatoires, proteste l’intéressé, mais elles apparaissent en plus comme incompatibles avec des décisions prises concernant d’autres anciens membres de la Commission.» Il se dit également inquiet qu’une «décision à propos de son statut ait déjà été prise», avant même la menace de saisine: «Si c’est le cas, je voudrais comprendre comment cette décision a été prise, par qui et sur quels fondements.» C’est ce que le Financial Times appelle une «attaque».

«Droit dans ses Texas boots.» Voilà comment Jean Quatremer, dans son blog «Coulisses de Bruxelles», interprète le geste, du coup. Pour lui, «Barroso n’a décidément pas changé: arrogant, dominateur et sûr de lui, voici l’ancien premier ministre portugais tel qu’en lui-même, dans son courrier glacé adressé à son successeur.» Au passage, on apprend que sa future fonction, «donner des conseils liés aux affaires de la banque avec ses clients», donc, est «bien plus large» que la seule problématique du Brexit et des deniers potentiellement encaissables de Londres «et donc potentiellement génératrice de nombreux conflits d’intérêts».

L’occasion de lire aussi l’éditorial de Jean Quatremer paru dans Libération, qu’il conclut par une réflexion sur la légendaire «prudence» de l’actuelle Commission, «alors que la condamnation ferme de la morale douteuse de Barroso» ne comportait, «a priori, que des bénéfices politiques». Si «les commissaires et très hauts fonctionnaires n’ont sans doute pas envie de se voir compliquer un futur reclassement rémunérateur, […] il ne faut pas négliger l’aspect humain de cette histoire, Juncker ayant un fonctionnement émotionnel: lorsque l’affaire éclate, la femme de José-Manuel Barroso (décédée en août) est mourante et Jean-Claude Juncker, dont la mère est morte il y a un an et dont le père est en mauvaise santé (il est décédé aussi en août), n’a pas voulu en rajouter, quitte à en payer le prix.»

En attendant, «le pantoufleur devra rendre des comptes», titre La Libre Belgique, qui a interrogé à ce sujet Benjamin Bodson, assistant en droit européen à l’Université catholique de Louvain et à HEC Paris. Selon lui, «tel un parfait lobbyiste, pour chacune de ses réunions publiques avec les fonctionnaires d’un certain niveau», Barroso devra «indiquer quand elles ont eu lieu, pour quel motif, combien de temps elles ont duré, et qui était autour de la table. Mais c’est naïf de croire qu’il se soumettra à ces règles au même niveau que les autres groupes d’intérêt.»

Pourquoi? Parce qu’au début du mois de juillet, «lorsque Goldman Sachs a annoncé l’embauche de Barroso, cette banque a dit ouvertement qu’elle le choisissait parce qu’il jouissait d’une connaissance et d’une expérience profondes de l’Union européenne. Cela va contre les règles du traité qui disent qu’un ancien commissaire ne peut divulguer des informations dont il a eu connaissance lorsqu’il était en poste.»

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