Revue de presse

L’affaire Buttet enclenche la grande lessive à Berne

Le «déballage» a débuté jeudi à Berne et dans les médias, mais tous les parlementaires et commentateurs semblent s’accorder sur le fait qu’il ne faut pas généraliser et ne voir sous la Coupole fédérale qu'«une bande de porcs phallocrates»

C’est «la curée» ou «l’onde de choc» comme le disent en quelques mots ce vendredi Le Matin ou Le Nouvelliste. Au point que les présidences des Chambres fédérales ont dû officiellement «condamner avec la plus grande fermeté toute forme de harcèlement sexuel» après l’annonce de la plainte pénale déposée contre le conseiller national Yannick Buttet (VS). Celui-ci a aussi été suspendu jeudi de la vice-présidence du PDC suisse, à la suite des révélations du Temps sur un éventuel cas de harcèlement obsessionnel et des comportements inappropriés à Berne.

Si le Blick exige sa démission du parlement et se gausse du fait que cet «hypocrite» («Heuchler») ne fasse que «s’excuser», le quotidien orange romand en conclut que si les politiciens «sont peu ou prou ordinaires» dans ce pays habituellement si feutré en sa Berne fédérale, ils ont aussi «des travers, un verre de trop au volant, un comportement inadéquat en société, un défaut de caractère». Mais dans le cas précis, il juge qu’on a affaire à un homme «qui se place lui-même en profonde contradiction avec les valeurs qu’il défend». Bref à «un moraliste à deux visages», selon Watson.ch.

Ce que le magazine LGBT 360° considère comme un rude coup porté au «camp conservateur en Suisse romande»: «Habitué des plateaux de télévision, Buttet a fait de la défense de la famille, notamment contre le mariage égalitaire, un de ses principaux chevaux de bataille. Sur le plateau d’Infrarouge, au cours d’un débat sur l’adoption de l’enfant du conjoint au sein des couples de même sexe, il avait par exemple dénoncé l’avènement d’une société «hétérophobe.» «Le fait qu’un des plus grands partisans du mariage traditionnel ait des escapades extraconjugales et des comportements peu orthodoxes et acquière de la sorte une renommée nationale n’est pas sans quelque ironie», renchérit le Tages-Anzeiger.

24 heures, de son côté, se jette dans la bataille avec moins de précautions lexicales, mais néanmoins un point d’interrogation qui montre bien sa réaction choquée: «L’Assemblée fédérale nourrit-elle en son sein une bande de porcs phallocrates? La tentation de la caricature est puissante», mais Yannick Buttet «est-il pour autant le révélateur d’une assemblée de dégénérés, la pointe d’un répugnant iceberg»? Certes, «la grande lessive a débuté jeudi à Berne» et «a libéré la parole des femmes», notamment avec l’UDC genevoise Céline Amaudruz, qui «a ouvert les feux dès le matin».

Ce «linge sale qui pue», il faut donc le laver, mais «à condition de le trier avant de lancer la machine, si l’on veut éviter que les couleurs ne déteignent sur le blanc», donc ne pas «jeter l’opprobre sur tous nos élus mâles». Même si le parlement semble être «un haut lieu de phallocratie», comme le dit une députée à la Tribune de Genève sous couvert d’anonymat: «Il y a les blagues grivoises, une lourdeur pesante et une condescendance extrême à l’égard des femmes. J’ai souvent eu l’impression d’être considérée comme un morceau de chair.»

Une autre conseillère nationale juge qu'«on se trouve ici dans un monde où les hommes sont majoritaires» et «un cénacle qui n’est pas représentatif de la population, puisqu’il est composé de notables plutôt âgés» – donc «tous les éléments pour renforcer la société patriarcale» en un lieu de pouvoir. «Des gros cons, des machos, des phallocrates, il y en a. C’est clair. Mais il ne faut pas tout mélanger», tempère encore une autre élue, «remontée contre ces médias qui se gaussent d’avoir trouvé leur Weinstein helvétique». D’ailleurs, certains sont aussi «remontés» contre Le Temps:

Mais il ne s’agit pas seulement d’une «affaire médiatique», comme le dit bien La Liberté dans son commentaire du jour (en version imprimée), car alors que le Conseil national débat actuellement du budget 2018, «les parlementaires ont la tête ailleurs»: «Tout le monde est à contrition. […] Très bien. Mais au contraire de l’affaire valaisanne de harcèlement qui fait l’objet d’une enquête, personne ne fera vraiment la lumière sur les actes déplacés qu’aurait commis Yannick Buttet au Palais fédéral. Un lieu de pouvoir qui n’a pas fini de trembler, faute de détermination à éradiquer un fléau.»

L'affaire Yannick Buttet

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