L’Afghanistan va-t-il un jour émerger du chaos né de quatre décennies de guerre? C’est l’espoir de la conférence des donateurs réunis lundi et mardi à Genève. S’il ne fait aucun doute que les besoins humanitaires y demeurent dantesques et que la communauté internationale doit les financer, la situation actuelle du pays laisse peu de place à l’optimisme.

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Les négociations de paix en cours entre Américains, talibans et le gouvernement afghan à Doha stagnent. En dépit de l’accord du 29 février dernier conclu entre les deux premiers prévoyant un retrait des troupes américaines contre une vraie sécurité sur le terrain, force est de constater que la paix est encore très lointaine. L’intensification des combats depuis septembre en est un indicateur manifeste.

Un déficit de légitimité

Le gouvernement afghan reste très divisé entre le président Ashraf Ghani et le chef du processus de réconciliation du côté gouvernemental, Abdullah Abdullah. Même pas mentionné dans le document de Doha, le pouvoir de Kaboul est en déficit de légitimité. La bonne foi des talibans fait aussi l’objet d’interrogations. Même si les négociateurs font preuve de bonne volonté, les talibans sont eux aussi très fragmentés, certains se montrant prêts à des concessions, d’autres faisant allégeance au groupe Etat islamique ou à Al-Qaida. En cas d’accord intra-afghan, rien ne dit que les responsables talibans auront la capacité de le mettre en œuvre.

L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain va-t-elle changer la donne? L’annonce de retrait (partiel, de 5000 à 2500) des troupes américaines par Donald Trump a semé la zizanie à Washington, qui craint que les milliers de milliards investis dans la plus longue guerre de l’Amérique s’envolent en fumée pour rien. Le démocrate songe à nommer Michele Flournoy à la tête du Pentagone. Si cela devait être confirmé, il y aurait des conséquences.

Beaucoup d’enjeux

Réputée très stratégique, proche des Européens et de l’OTAN, elle ne répétera pas l’erreur du retrait prématuré d’Irak. Elle défendra, dit-on, une vision à long terme qui pourrait consister à maintenir une présence en Afghanistan se limitant à deux bases, des agents du renseignement et des troupes terrestres entre 2000 et 4000 unités. Une vision qui pourrait toutefois buter sur le refus catégorique des talibans d’avoir des GI dans le pays.

Cette présence minimale mais stratégique aurait deux objectifs principaux: empêcher l’émergence d’une nouvelle base arrière pour les terroristes dix-neuf ans après les attentats du 11 septembre 2001 et prévenir une influence accrue en Afghanistan de la Chine, de la Russie et de l’Iran. C’est le contrôle de l’Asie centrale, de ses minerais et de ses hydrocarbures qui est en jeu.