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Le cardinal Robert Sarah 
© ALBERTO PIZZOLI, AFP

Opinion

Pourquoi l'Afrique catholique est-elle si réactionnaire?

Au nom de l’inculturation, nombre d’évêques et de cardinaux africains préconisent une lecture très traditionnelle de la pastorale familiale

L’Exhortation apostolique «Amoris laetitia» du Pape François récemment parue, est la conclusion des deux grands synodes sur la famille en 2014 et 2015. A-t-elle réussi à mettre tout le monde d’accord? Oui, dans un certain sens, puisqu’elle n’a rien abandonné de la doctrine ecclésiale et laisse la liberté d’appréciation aux responsables religieux. Ils sont ainsi mis devant leur responsabilité personnelle de trancher les cas difficiles, d’accompagner les personnes en difficulté et de mettre en œuvre la miséricorde de Dieu.

L'homosexualité fait problème en Afrique

Mais il ne faut pas oublier les disputes qui ont eu lieu avant même le premier synode de 2014. Les représentants africains (54 sur 253) se sont réunis à Accra (Ghana) pour essayer de s’accorder sur des positions africaines communes. Il était d’abord question de ne pas subir un nouveau «néocolonialisme religieux européen» et de défendre le point de vue africain, pas suffisamment pris en compte au Vatican: «La famille est fondamentale dans notre société. Nous voulons que nos sociétés tiennent le coup!» Ils ont publié un document: «Avenir de la famille, notre mission». La famille, c’est un homme, une femme et des enfants. C’est que l’homosexualité fait problème partout en Afrique, même s’il y a une loi progressiste en Afrique du Sud. Le peuple reste contre.

L'Occident est dangereux pour l'Afrique

Un groupe d’évêques et de cardinaux a montré ainsi un visage très conservateur, emmené par le cardinal guinéen Robert Sarah notamment. Le cardinal Sarah est promoteur d’une vision traditionnelle. Il tient à ce que l’Evangile soit annoncé et que cette annonce ne soit pas biaisée par une civilisation: «L’importation de problèmes et de manières de voir propres à l’Occident est dangereuse pour l’Afrique». Il a publié un best-seller «Dieu ou rien» et a eu beaucoup de succès dans ses conférences aux Etats-Unis! Avec une dizaine d’autres prélats du continent, il a coécrit: «L’Afrique, nouvelle patrie du Christ» où il affirme le caractère sacré, donc immuable, du modèle de famille chrétien.

Il faut être conscient que le tissu social africain a été déstructuré non seulement par la colonisation, mais surtout, depuis deux décennies, par la mondialisation économique. On peut donc comprendre ce refus d’un nouveau diktat spirituel et culturel européen. C’est ce qu’en théologie de la mission, la missiologie, on désigne sous le nom d’inculturation – et que les sociologues appellent l’acculturation: «la manière d’adapter l’annonce de l’Évangile dans une culture donnée».

L'importance de l'inculturation

C’est au nom de l’inculturation que les prélats africains veulent que leurs sociétés s’enracinent profondément dans leurs réalités et ils comptent pour cela sur la solidité de la famille, première structure fondamentale, même élargie. Ils redoutent toutes les formes de destructuration; ont peur de leurs jeunes qui deviennent de plus en plus violents, de la dictature de l’argent, du chaos régnant dans certains pays.

Mais il n’y a pas que cela. Les prélats africains ont aussi gardé très vivante la tradition du chef qui a autorité et pensent qu’il ne faut pas l’abandonner. C’est ici qu’on peut faire la comparaison avec le politique: dans de nombreux pays africains, on remarque que les présidents refusent maintenant la démocratie à l’occidentale et les deux mandats après lesquels il faut quitter le pouvoir.

On est chef à vie, ou du moins le plus longtemps possible. La démocratie à l’européenne ne les tente plus, à voir ce qui se passe dans l’Union européenne désunie et dans ces sociétés où règne l’individualisme exagéré. La laïcité leur paraît être une nouvelle idéologie qui fait table rase des valeurs anciennes et fait rentrer le christianisme à la sacristie.

L'influence chinoise

Et puis, il y a aussi, depuis quelques années, l’influence chinoise, toujours plus marquée en Afrique. Conséquence: les droits de l’homme ne sont plus prioritaires, ni la liberté de presse, ni la démocratie, ni la compréhension des minorités.

C’est dans cette vaste perspective qu’il faut comprendre le point de vue de cardinaux et d’évêques africains comme celui de Mgr Sarah.


 Christine von Garnier, sociologue

Son blog, hébergé par Le Temps: L'Afrique dans le tumulte du XXIe siècle


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Avec «Amoris Laetitia», le pape mise sur le contexte contre la révolution et l’immobilisme (Editorial)

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